Alexis Mons

Time to shift

Facebook ou le refus de la transparence

Publié le 28 janvier 2011 par Alexis MONS

La prise de participation de Goldman Sachs dans Facebook a fait couler beaucoup d’encre. Elle a surtout relancé de vastes spéculations sur la valorisation qu’il en est ressorti, à quelques 50Md$, et sur l’existence ou non d’une bulle. A presque 100$ l’utilisateur, ça donne de quoi réfléchir. Ça nous renvoie à des discussions du même genre, il y a une décennie, même si la comparaison s’arrête là. En 2000, on spéculait sur du virtuel pur car il n’y avait tout simplement pas de client, mais des pertes bien réelles.

Je ne m’aventurerait pas sur ce terrain. Ce qui m’intéresse, c’est tout autre chose.

De quoi est-ce que l’on parle avec Facebook ?

D’un côté, nous avons un géant de l’économie de l’attention, un des très grands de l’économie digitale, valorisé 50Md$, donc, dirigé par l’homme de l’année de Time Magazine, qui peut aussi se présenter comme faiseur de révolutions victorieuses.

De l’autre, nous avons ce qu’il faut bien appeler une PME, qui dépasse à peine 2 000 employés et une entreprise qui n’est pas côtée.

Dans un billet de mars dernier, je m’étais déjà penché sur cette question et sur son corollaire qui est qu’on ne sait finalement pas grand chose de sûr en terme économique avec Facebook. On vit d’incertitudes et de supputations et il faut, je crois, être un peu sérieux, à comparer ce qui est comparable, à savoir une PME non côtée d’une part et de grandes valeurs boursières mondiales soumises à l’exigence des règles de transparence de marché et autre Sarbanes Oxley.

Facebook ne veut pas entrer en bourse

J’invite chacun à lire le très pertinent article publié par le NY Times concernant l’entrée de Goldman Sachs, et fort justement repris dans un récent Courrier International.

Quel est le propos ? Celui de considérer l’entrée de la grande banque d’affaires américaine sur la base des buts réels de cette opération. Celle-ci consiste, en effet, à orchestrer une ouverture de capital dans le cadre d’une sorte de marché secondaire, parfaitement légal, mais hors législation boursière.

Facebook ne veut pas entrer en bourse. Ce faisant, Facebook s’évite les aléas de la finance mondiale. Cela se comprend très bien. Mais Facebook s’évite aussi les obligations des marchés côtés et s’affranchit de la transparence qui leur est inhérente. Vous me direz qu’ils pourraient très bien s’appliquer les règles de transparence que l’on est en droit d’attendre d’un acteur mondial de premier plan. Ce n’est pas le cas et cela se voit très bien dans la qualité et la nature des informations dont on dispose d’un point de vue économique.

Zuckerberg et Facebook sont-ils des Janus ?

D’un côté, un beau discours consensuel sur la liberté d’expression et une nécessaire transparence marchant sur des considérations jugées obsolètes telle la vie privée. De l’autre une entreprise qui organise son financement en évitant soigneusement de devoir se conformer aux règles de transparence qu’on serait en droit d’imaginer qu’elle suive au regard du statut de géant qu’on lui prête.

Je ne ferai aucun procès économique à Zuckerberg. Je trouve qu’à l’instar d’autres patrons de grands noms du web, et alors qu’on joue à se faire peur avec une nouvelle bulle, se méfier des mirages boursier et se garder de la spéculation financière manifeste d’une prudence inattendue, sinon d’un certaine réalisme au regard des risques. Comme le soulignait Courrier International, bouder Wall Street est un luxe rare que Facebook peut se permettre. C’est aussi un message intéressant à l’heure où l’on va entendre beaucoup de baratin sur la régulation de la finance mondiale ces prochains jours.

Pour autant, il serait appréciable que Facebook nous gratifie d’informations financières de qualité et joue un peu plus la transparence en ce domaine.

Je finirai sur note croustillante, en me disant que, si l’homme de l’année du jury de Time Magazine se méfie et se garde de la transparence financière, son alter égo élu par le public, Julian Assange, pourrait fort bien lui jouer un tour, si d’aventure un petit malin nous libérait les comptes de Facebook ;)

Cet article a été initialement publié sur le blog de Emakina.fr

Catégories : Economie

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