OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Ces hackers devenus mercenaires http://owni.fr/2012/10/23/ces-hackers-devenus-mercenaires/ http://owni.fr/2012/10/23/ces-hackers-devenus-mercenaires/#comments Tue, 23 Oct 2012 15:14:18 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=123847 Les nouveaux barbouzes. Le monde opaque du renseignement privé, des barbouzeries, surgit parfois à la faveur d'affaires judiciaires. Les protagonistes sont alors des grands flics, des anciens des services secrets, des dirigeants du CAC40, parfois des pirates informatiques. ]]>

C’est l’histoire d’un triangle, de trois personnages incarnant trois univers bien réels. Les officines d’abord. Elles sont au cœur du livre que signe Emmanuel Fansten, Les nouveaux barbouzes (Robert Laffont). S’y retrouvent des anciens des services spéciaux, des grands flics et des pirates informatiques, hackers du côté obscur surnommés les “black hats”.

Les nouveaux barbouzes

Dans cette enquête-polar, le journaliste Emmanuel Fansten plonge dans le monde du renseignement privé, le monde des barbouzes. Le secteur, officiellement labellisé “intelligence économique” s’est développé à partir des années 1990 en France. Les anciens des services secrets croisent les grands flics corrompus et de hauts fonctionnaires en activité. Lorsqu’elles sortent, les affaires d’espionnage (Renault, Canal Plus, EDF, Vivendi…) conduisent parfois au sommet de l’État. Les bonnes feuilles ont été publiées sur Slate.

Deuxième composante du triangle : les services de sécurité intérieur français, principalement la Direction de surveillance du territoire (DST) devenue en 2008 la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Enfin, les grandes entreprises du CAC40 par l’intermédiaire de leur service de sécurité.

Ce système opaque n’est porté à la connaissance du grand public qu’à la faveur d’affaires judiciaires. Des affaires pelotes jamais entièrement remontées. Dans l’une des affaires racontées par Emmanuel Fansten, les protagonistes s’appellent Greenpeace et EDF, Vivendi, la Direction des chantiers navals (DCN), Karachi.

Tous gravitant autour d’un pirate informatique.

Dans votre livre, vous consacrez un chapitre à Alain Quiros, pirate informatique passé des petites missions de dépannage à des affaires d’État, l’affaire Karachi en l’espèce. Quelle a été sa trajectoire ?

Alain Quiros est au croisement de plusieurs affaires importantes. Je l’ai rencontré lors du procès EDF. Il apparaît aussi dans une affaire concernant un laboratoire sollicité par le Tour de France (le LNDD), et l’affaire Vivendi…

Au départ, Alain Quiros n’a aucun lien avec le milieu du renseignement. Il voulait devenir pompier, rien ne le destinait à devenir apprenti barbouze. Il est arrivé par hasard dans le secteur de l’intelligence économique, un secteur fourre-tout qui va de la sécurité au renseignement, sans être vraiment contrôlé. Alain Quiros a commencé par la sécurité physique de certains sites à la Défense, avant de travailler pour le petit cabinet d’intelligence économique d’Alain Richard. À l’époque, il partageait ses locaux avec une figure du secteur : Philippe Legorjus, un ancien du GIGN qui a quitté ses fonctions après le fiasco de la grotte d’Ouvéa.

Le pirate informatique Alain Quiros est fasciné par ce monde du renseignement auquel il n’appartient pas. Un peu par hasard, par l’intermédiaire de Philippe Legorjus, il rencontre Thierry Lohro dans une soirée à Nantes.

Thierry Lorho, un ancien du “service Y”, le service opérations de la DGSE ?

Oui, Lorho est passé par la DGSE et n’hésite pas à le mettre en valeur notamment auprès de jeunes comme Quiros. Thierry Lorho a une petite société, Kargus Consultant, qui travaille beaucoup sur les opérations informatiques. Sur le papier, uniquement via des sources ouvertes, les forums, les blogs etc. Thierry Lorho comprend très vite le potentiel d’Alain Quiros en terme de piratage.

Au début, il lui demande des petits services, sécuriser sa boite email, espionner le mari d’une amie… Un jour, il lui demande de pénétrer l’ordinateur d’une personne présentée comme un ancien salarié. Au fil du temps, Alain Quiros devient l’un de ses principaux sous-traitants.

Alain Quiros est donc un exécutant ? Était-il conscient de ce qu’il faisait ?

Au procès, il est apparu très clairement comme la victime du système, lâché par les donneurs d’ordre. Il gagne de l’argent pour chaque opération, environ 1 000 euros. Il ne mesure pas les risques qu’il encourt. C’est un informaticien pur ! Il cherche la prouesse technique, la performance.

Tout bascule quand il est mis sur le dossier EDF. Thierry Lorho organise sa rencontre à la terrasse d’une brasserie en plein Paris avec le numéro deux de la sécurité d’EDF, Pierre François, un ancien flic.

Un nom sort : Yannick Jadot, le directeur des opérations de Greenpeace. Alain Quiros accepte de pirater son ordinateur. Il a besoin d’une adresse mail, envoie un cheval de Troie en pièce jointe et cherche ensuite dans le disque dur de la cible grâce à une liste de mots-clés fournies par le demandeur.

C’est le premier basculement. Ensuite, une autre personne, le plus mystérieux de l’histoire intervient : Jean-François Dominguez, un ancien légionnaire.

Lui débarque un peu plus tard, après l’affaire d’EDF. Il va voir Lorho pour trouver un pirate informatique qui sera Alain Quiros. Lorho est le seul à connaître tous les protagonistes. Jean-François Dominguez veut des informations sur l’avocat des petits porteurs de Vivendi, Maître Frederik-Karel Canoy. Il donne à Quiros des instructions très précises dans une enveloppe kraft à la terrasse d’un café. Tout fonctionne.

Vient plus tard l’affaire du laboratoire du Tour de France (LNDD) qui donne vraiment l’impression d’avoir affaire à des amateurs alors que les enjeux sont énormes. Comme très souvent dans l’espionnage industriel, il n’y a aucun contrôle en amont. Les affaires n’éclatent que s’il y a un dérapage. Et le dérapage arrive avec cette affaire. L’avocat de Floyd Landis qui avait commandé ces documents les a publiés sur son blog. L’affaire la plus anecdotique, même si elle est grave, a permis aux enquêteurs de remonter le fil : EDF, Greenpeace, Karachi.

Malgré les procédures judiciaires, plusieurs énigmes demeurent : pour qui travaillait Dominguez ? Quelles étaient les relations de Pierre François avec la DST ?

Au cours de l’instruction, Dominguez et Lorho se sont rencontrés pour se mettre d’accord, mais le juge l’a su. Chacun a choisi une ligne de défense différente : Lorho en balançant EDF pour se dédouaner sur le reste ; Dominguez en refusant de parler. L’avocat espionné, Maître Frederik-Karel Canoy, a suggéré que Vivendi était le commanditaire. Rien ne permet de l’affirmer, mais qui d’autre aurait intérêt à se renseigner sur la bête noire de l’entreprise, l’avocat des petits porteurs ? À l’époque, la principale société d’intelligence économique, Atlantic Intelligence dirigée par Philippe Legorjus, comptait Vivendi parmi ses clients.

Aujourd’hui le procès d’EDF est passé, l’entreprise a été condamnée en tant que personne morale, fait rarissime et très symbolique dans ces affaires.

Sans faire toute la lumière sur les liens avec la DST…

Pierre François est non seulement le numéro deux de la sécurité d’EDF, mais aussi le correspondant de la DST dans son entreprise avec qui il est en contact régulier. Ces contacts sont fréquents, c’est la zone grise du renseignement. Depuis l’affaire du Rainbow Warrior qui a été un vrai traumatisme, les services préfèrent garder leur distance ou donner un feu orange, en tout cas ne pas trop se mêler de ce genre d’affaire.

Dans sa plaidoirie, l’avocat d’EDF, Alexis Gublin, a chargé la DCRI en allant jusqu’à laisser entendre que l’entreprise aurait pu être victime d’une opération scabreuse. Cette plaidoirie a été très mal vécue à la DCRI. Thierry Lorho lui-même avait un agent traitant qui a confirmé leurs rencontres fréquentes. Lorho pouvait potentiellement lui apporter des informations sur des affaires en cours. C’est l’archétype de l’ancien des services reconverti dans le privé tout en conservant des contacts avec la maison. Il joue les électrons libres. Difficile d’imaginer que la DST puis la DCRI, n’aient pas été au courant des magouilles de Thierry Lorho !

C’est un triangle avec la DCRI, Thierry Lorho et Pierre François, donc entre l’État, les officines et les services de sécurité des grandes entreprises.

D’autres pirates travaillaient-ils pour Thierry Lorho ?

Certains le prétendent, mais rien ne permet de l’affirmer.

D’autres entreprises de sécurité, Géos, Risk&Co ou autres, font-elles appel aux compétences de pirates informatiques ?

Des sociétés spécialisées dans le renseignement informatique existent et font appel à des pirates pour cartographier les réseaux etc. Rien d’illégal. Parfois, ils franchissent la ligne jaune. La frontière est ténue. Pirater un ordinateur est la manière la plus rapide et la plus certaine d’obtenir des informations. Certains hackers sont devenus des mercenaires du renseignement. Le cas de Quiros est typique : les mercenaires sont dans des situations précaires, quand ils se font choper, l’entreprise se dédouane. Ce sont deux univers très différents qui se rencontrent. Alain Quiros est la partie immergée d’un système très vaste.


Photo par An untrained eye [CC-bync]

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Tarnac Production http://owni.fr/2012/03/12/tarnac-production/ http://owni.fr/2012/03/12/tarnac-production/#comments Mon, 12 Mar 2012 08:22:19 +0000 Guillaume Dasquié http://owni.fr/?p=101598

David Dufresne, auteur du livre "Tarnac, magasin général"

L’affaire de Tarnac, symptôme à un plus d’un titre. Pas seulement d’une nouvelle forme de militantisme dur sur-interprété par des services antiterroristes toujours soucieux de justifier leurs pouvoirs dérogatoires. L’affaire de Tarnac montre aussi des médias qui pendant plusieurs mois ne parviennent pas à reconstituer cette complexité-là sans parti pris. L’information selon laquelle des militants ont bien dégradé des voies ferrées, mais que leurs actes relèvent du vandalisme et non pas du terrorisme, appartient au domaine de l’indicible. Comme si elle ne plaisait à personne.

Comme si, dans les médias, les stratégies de communications des uns et des autres profitaient alternativement d’une chambre d’écho. Celles des services de renseignement, de la police, des avocats, de la ministre de l’intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, et des militants politiques proches du groupe de Tarnac. Ce jeux des médias dans l’affaire de Tarnac apparaît tout au long du livre “Tarnac magasin général”, que vient de publier l’auteur et journaliste David Dufresne aux éditions Calman-Lévy. L’affaire judiciaire y passe au second plan et laisse la place à une comédie politico-médiatique. Piquante. Entretien.

L’affaire de Tarnac présente des médias versatiles, reprenant d’abord sans trop de discernement les affirmations policières, puis, dans un deuxième temps, cherchant à démontrer que les militants de Tarnac n’ont jamais dégradé de voies ferrées, avec le même entrain. Comment analysez-vous ce passage entre deux postures radicales ?

Effectivement, il existe un effet de balancier. Il s’est opéré en trois semaines. Dans un premier temps, le discours de Michèle Alliot-Marie se retrouve partout, comme dans ce journal de 13h de France 2 du 11 nov 2008, jour de l’arrestation, peut-être le plus caricatural. Toute la phraséologie policière transpire dans le commentaire. Le reportage dit « Ils avaient une épicerie tapie dans l’ombre » [une sentence aujourd’hui détournée par des cartes postales, en vente dans l’épicerie de Tarnac, NDLR]. Puis les mis en examen, les proches, et les comités de soutien s’organisent et développent leur discours, que certains ont qualifié d’innocentiste, et qui va supplanter le premier. Une raison à cela: dans les journaux, au Monde, à Libération comme à Mediapart, par exemple, c’est une question d’hommes, de journalistes, de rivalités. Comme ce sont des titres où la contestation interne peut s’exprimer, ça s’exprime aussi dans leurs pages.

Pourquoi de nombreux journalistes ont-ils immédiatement adhéré à la thèse policière ?

Il faut comprendre la propagande de départ. Le cabinet de Michèle Alliot-Marie « travaille » alors les rédactions depuis longtemps pour les convaincre de l’existence d’une résurgence de la violence ayant pour origine une nouvelle extrême gauche, qui prendrait son origine dans les mouvements anti-CPE. Le cabinet de Michèle Alliot-Marie a demandé à la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) puis à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) de monter des dossiers sur ce thème.

Ceux-ci étaient présentés et débattus lors des fameuses réunions du jeudi soir de la place Beauvau [révélées par le livre de David Dufresne, NDLR], des réunions uniquement consacrées à l’anti terrorisme et réunissant les patrons de la police. Joël Bouchité, de la DCRG et Bernard Squarcini de la Direction de la surveillance du territoire (DST, bientôt transformée en DCRI, NDLR) y participent.

La ministre est présente, prend des notes, elle est très attentive et exigeante. J’ai rencontré un certain nombre de participants à ces réunions. Les chefs de la police étaient impressionnés par MAM. Sur le mode: on ne contredit pas un ministre! En outre, en matière d’antiterrorisme, la DCRI va alors être créée, chacun doit prendre un « créneau », c’est le terme employé par plusieurs policiers, devenir légitime dans une spécialité. Bouchité voudrait prendre l’extrême gauche et la contestation radicale tandis que Squarcini ne prendrait que les islamistes.

Ces enjeux de pouvoir et de légitimité créent des effets de loupe considérables sur les sujets qu’ils abordent. Comme par exemple le rapport de juin 2008 du ministère de l’Intérieur, brandissant quasiment le retour d’Action directe. Tout le scénario de l’affaire de Tarnac est préparé dans ce cadre. Et les contacts du ministère dans les médias font le reste. En entretien, Squarcini m’a confié : « pour nous le groupe de Tarnac c’était un pot de feu qu’on laissait mijoter ». Il y a aussi Alain Bauer, le consultant en sécurité de l’Élysée, qui vient d’acheter « L’insurrection qui vient » [un essai politique attribué au groupe de Tarnac, NDLR]. Il lui accorde beaucoup d’importance. Un tel homme d’influence, qui a l’oreille du président, en parle à des amis journalistes. Il en remet aussi un exemplaire à un Frédéric Pechenard, le directeur de la police nationale.

Au moment de l’interpellation du groupe de Tarnac, largement médiatisée, les esprits ont déjà été préparés, mais comment cette mise en condition s’exerce au moment ultime ?

L’enquête préliminaire est ouverte en avril 2008. Au mois de novembre, elle n’est pas encore bouclée. Mais arrive la nuit du 7 au 8 novembre durant laquelle des voies ferrées font l’objet d’actes de vandalisme. Ça fait l’ouverture dans les journaux de 20 heures. L’Élysée s’informe et appelle le Ministère de l’Intérieur, qui appelle les services de sécurité, comme toujours lorsqu’un sujet sécuritaire occupe l’espace médiatique. Certains, dans ces services, veulent attendre. Mais le pouvoir politique exige une réponse médiatique. La Sous direction antiterroriste chargée de l’enquête de terrain voudrait peaufiner ses investigations en prolongeant la surveillance.

Gérard Gachet, porte-parole du ministère de l’Intérieur évoque des SMS de journalistes: la place Beauvau craint alors les fuites. Le pouvoir exécutif choisit le 11 novembre pour bénéficier d’une caisse de résonance énorme, l’actualité étant essentiellement occupée par les commémorations ce jour-là: c’est une constance, en France, le 11 novembre, depuis 1918, il ne se passe rien! À 6h du matin, 150 policiers investissent Tarnac et débutent les perquisitions dans les différents corps de ferme. À 8h32, les perquisitions sont en cours mais déjà un communiqué du ministère de l’Intérieur annonce triomphalement l’opération. Vers 10h un journaliste de France 3 arrive de Limoges, passe les barrages et réalise des images, très fortes, violentes, avec des policiers en cagoule surarmés, alors que l’opération est toujours en cours.

Une heure plus tard environ, vers la fin de matinée, Michèle Alliot-Marie organise une conférence de presse dans son bureau alors que la perquisition est toujours en cours. Mais à ce moment-là, les policiers savent qu’ils n’ont rien trouvé quant à d’éventuels préparatifs d’actes terroristes. Trop tard, la machine est lancée. MAM construit une image qui est celle de ces conférences de presse des années 80, au moment des affaires Action directe et du terrorisme en relation avec l’extrême gauche. Moins de deux heures plus tard, Claire Chazal invite Guillaume Pépy, le patron de la SNCF [victime des dégradations, NDLR] qui renchérit sur le plateau de TF1. Le point d’orgue, c’est la Une de Libération du lendemain qui annonce « L’ultra gauche déraille ». Alors que tous les experts s’accordent sur le fait que les dégradations des caténaires ne pouvaient pas provoquer le moindre déraillement. Toute cette construction médiatique de la place Beauveau a permis de convaincre de l’existence de cette menace terroriste là. Enfin, le lundi matin, l’Assemblée nationale acclame MAM d’une standing ovation. Le film parfait.

Comment cette croyance est-elle balayée puis remplacée par une autre ?

Les gens de Tarnac se sont mis à parler, ils ont signé des tribunes, produit un discours. Puisqu’ils ont été pointés par les médias, ils répondent par les médias. Dans notre époque, les deux vecteurs d’infamie ce sont le terrorisme et la pédophilie, deux accusations médiatiques a priori indiscutables et dont les personnes visées ne peuvent pas se remettre. C’est pour cette raison, d’ailleurs, précisément, qu’il faut les discuter. Et là, un mouvement de balancier s’opère. Les journalistes qui suivent l’affaire établissent une nouvelle narration: l’histoire devient, grosso modo, la bataille «des méchants flics contre les gentils épiciers». De leur côté, des policiers de base, loin des calculs politiques du début, veulent défendre leur travail. Ils se sentent seuls. Certains sont convaincus de la légitimité de leur travail d’autres doutent – notamment de la qualification de terrorisme des actes délictueux. Et puis une interview de Bernard Squarcini dans Le Point marque un tournant, où le ministère de l’Intérieur tente d’adapter sa narration. Il évoque la notion de « pré-terrorisme », affirme que les services « ne fabriquent pas de dossiers ».

Quelles leçons en tire l’appareil sécuritaire ?

Une gorge profonde m’a décrit avec beaucoup de détails comment fut décidé de lancer des « leurres médiatiques », dès que le vent s’était mis à tourné. Pour elle, ceux qui ont provoqué l’incendie ont subi un retour de flamme. Il fallait éteindre l’incendie en tentant de justifier a posteriori cette dérive. Par exemple en organisant diverses arrestations dans les mois suivant pour entretenir le doute, taire les critiques, alimenter les journalistes amis aussi.

À ce titre, j’ai mieux compris pourquoi Bernard Squarcini m’a longuement reçu pour ce livre. Nos rendez-vous faisaient partie des consignes pour tenter de dégonfler l’affaire. Aujourd’hui, beaucoup de policiers me disent que depuis ils ne veulent plus toucher à l’extrême gauche, car ses membres auraient trop de relais dans la presse. Les flics disent, à la fois tétanisés et rigolards: «les autonomes, c’est fini, on ne peut pas les fliquer tranquille.»


Photographies à l’Hipstamatic et portrait via David Dufresne, crédits (D.R)
Couverture réalisée par Ophelia Noor pour OWNI /-)

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Des députés étonnés des missions en Libye http://owni.fr/2011/10/11/deputes-libye-geos-dst/ http://owni.fr/2011/10/11/deputes-libye-geos-dst/#comments Tue, 11 Oct 2011 06:27:54 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=81792 À en croire les déclarations récentes d’un responsable de la société de sécurité Geos, en 2005, celle-ci aurait formé des forces spéciales libyennes à la demande de la Direction de la surveillance du territoire (DST), devenue depuis la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Une curiosité, puisque ce service est supposé s’intéresser aux seules affaires intérieures et ne dispose pas de la faculté de déléguer ses activités à des sociétés privées.

Interrogés par OWNI, des députés de la Commission de la défense nationale se sont dit surpris par cette découverte, passée largement inaperçue. Christian Ménard, député UMP du Finistère, affirme être “étonné d’une telle démarche” de la part du contre-espionnage français et par les déclarations des dirigeants de Geos. “Ce n’est pas dans leur intérêt” commente-t-il. Le député socialiste de Charente, Jean-Claude Viollet, également membre de la commission, réagit vivement :

Cela me conforte dans l’idée qu’il faut travailler sur la réalité des sociétés de sécurité privés. Il ne faut pas rester en l’état et cet épisode en est la preuve. Il faut mieux contrôler, encadrer et légiférer en la matière pour encadrer les activités.

Les deux députés sont en charge d’un rapport d’information visant à mieux adapter la législation sur les sociétés de sécurité privée. Il devrait être déposé d’ici la fin de l’année.

Audition à l’Assemblée

Le 25 mai dernier, les parlementaires avaient justement auditionné le général Jean Heinrich, ancien responsable opérationnel de la Direction générale de la sécurité extérieur (DGSE), et actuel dirigeant de Geos, à l’origine de ces étonnantes déclarations. Dans Le Monde du 8 septembre, le général confirmait avoir effectué cette mission :

Après quelques mois, la DGSE [son ancien service d'appartenance, autorisé, lui, à intervenir à l'étranger, NDLR] nous a dit qu’elle remplirait elle-même ce contrat et enverrait ses propres agents réaliser la mission, avait-il concédé.

Le contrat avec la Libye conduit donc à s’interroger sur les liens entre la société et la DST. Le numéro deux de Geos, Louis Caprioli, était jusqu’en mars 2004 sous-directeur de la DST en charge de la lutte antiterroriste. Trois mois après sa retraite, il a été recruté par Geos comme conseiller spécial et membre du comité de direction de la société. Geos, qu’on a connu plus loquace, a refusé de répondre à nos questions sur ce point. Et Caprioli n’a pas non plus donné suite à nos demandes d’entretien adressées directement.

Human Rights Watch, l’ONG qui a récupéré une grande partie des archives des services secrets libyens, affirme n’avoir aucune information concernant la société Geos. De son côté, le Ministère de l’intérieur dont dépendait la DST et dépend aujourd’hui la DCRI, ne souhaite pas apporter de commentaire trop précis :

Il s’agit d’un sujet sensible, la DCRI ne souhait pas répondre et oppose une fin de non-recevoir. Elle ne fera aucune communication sur le sujet.

Les forces spéciales évoquées par Le Monde sont en fait les gardes du corps du colonel Kadhafi, corrige un fin connaisseur du milieu. C’est d’ailleurs ce qu’avait rapporté la lettre d’information Maghreb Confidentiel, en février 2003, expliquant que Geos allait assurer “non seulement la restructuration de sa garde rapprochée mais également la sécurité de ses déplacements à l’étranger.”

Dans l’entourage de l’entreprise, des familiers du dossier affirment que le contrat était piloté par le général Heinrich et Louis Caprioli. Selon ces sources, sa réalisation en a été confiée à une société sous-traitante, une pratique courante lorsqu’il s’agit d’activités sensibles dont toute trace pourrait être embarrassante… D’autant que ce n’était pas dans la politique de Geos de servir des États étrangers, préférant les contrats avec le secteur privé, notamment l’accompagnement des entreprises en zone à risques.

Relance des activités libyennes

Certains suggèrent que les réseaux de Louis Caprioli ont bénéficié à Geos, évoquant le rôle clé que l’ex chef du service de renseignement libyen, Moussa Koussa. Il était l’interlocuteur privilégié des services occidentaux. Au moment de sa défection, en mars 2011, Moussa Koussa était présenté comme chef de la diplomatie libyenne et “membre du premier cercle” de Kadhafi. Ce qui n’empêche pas Geos de relancer ses activités aujourd’hui dans la Libye post-Kadhafi.

Ainsi, le 6 septembre, le général Heinrich participait à une réunion organisée par la Chambre de commerce franco-libyenne et le Medef International. En témoignent les photographies diffusées sur la page de l’événement du site de la Chambre de commerce avant d’être supprimée. Elle est toujours accessible dans le cache de Google : on peut voir le général Heinrich en bas au centre de la photo présentée en haut à droite de la page. Un bureau de Geos vient d’ailleurs d’être ouvert en Libye par un ancien de la DGSE.

Confier la formation d’une unité d’élite à une société privée est monnaie courante en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, culturellement plus enclins à externaliser les missions de défense. En France en revanche, seules quelques activités sont externalisées, non sans provoquer de débats, y compris donc au sein de la Commission de la défense nationale de l’Assemblée.


Illustrations via Flickr: Sky Eckstrom [cc-by-sa] ; Yngvardo [cc-by]

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L’ex patron de la DST en Libye http://owni.fr/2011/03/30/ex-patron-de-la-dst-en-libye/ http://owni.fr/2011/03/30/ex-patron-de-la-dst-en-libye/#comments Wed, 30 Mar 2011 16:20:20 +0000 Guillaume Dasquié http://owni.fr/?p=54320 Yves Bonnet, l’ancien patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST), devrait s’envoler demain jeudi en Libye pour mener une mission d’observation sur la guerre engagée contre le régime du colonel Kadhafi. Lors d’un entretien téléphonique, il nous a confirmé avoir obtenu l’accord des autorités locales pour se rendre sur les différents sites du conflit en cours:

J’ai reçu hier une lettre du Premier ministre libyen qui nous autorise à nous déplacer en Libye pour réaliser cette évaluation sur les événements.

L’ancien patron de la DST (de 1982 à 1985, sous un gouvernement socialiste) espère être reçu par les deux belligérants, c’est-à-dire à la fois à Tripoli et à Benghazi, où siège le commandement des insurgés:

Notre but consiste à contribuer à l’émergence de la vérité. Il y a indiscutablement des incohérences dans les informations qui viennent du terrain. La propagande du colonel Kadhafi est manifeste, mais les occidentaux ne sont peut-être pas exempts de reproche en ce domaine.

A Benghazi, les murs parlent

Officiellement, six observateurs

Yves Bonnet a invité cinq observateurs – au moins – à se joindre à son périple libyen:

Sollicités par OWNI, Éric Dénécé, André Le Meignen et Albert Farhat ont confirmé qu’ils préparaient ce déplacement. Pour Albert Farhat, les motifs d’interrogation sont nombreux:

Je ne pense pas que les insurgés de Benghazi cachent des membres d’Al-Qaïda comme certains le disent. Mais les frappes aériennes ressemblent à un jeu de massacre. Les Français cassent tout pour s’arroger ensuite le marché de la reconstruction du pays. Et bizarrement, il n’y a jamais beaucoup de victimes civiles.

Cependant, le Canard Enchaîné a publié ce mercredi une enquête évoquant des notes des services secrets français au sujet des relations entre les rebelles libyens et des membres d’AQMI (les réseaux d’Al-Qaïda maghreb islamique). Aux États-Unis, lundi soir, lors d’une intervention télévisée, le président Barak Obama a souhaité marquer ses distances à l’égard des volontés françaises et britanniques contre le colonel Kadhafi :

Élargir notre mission militaire pour inclure un changement de régime serait une erreur.

Dans ce contexte, la mission Bonnet voudrait donc aussi revenir sur le terrain de la diplomatie.

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Image de Une par Marion Boucharlat @Owni /-)

Retrouvez les autres articles de notre dossier sur la Libye :

Un fidèle de Kadhafi a-t-il aider Sarkozy à initier la révolte libyenne ? par Sylvain Lapoix

Patrick Ollier, le coureur de fond Libyens par Olivier Tesquet

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Illustration: portrait d’Yves Bonnet

Image CC FlickR par شبكة برق | B.R.Q

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Pôles de compétitivités: souriez, vous êtes fliqués (par la DCRI, et la DPSD) http://owni.fr/2011/01/24/poles-de-competitivites-souriez-vous-etes-fliques-par-la-dcri-et-la-dpsd/ http://owni.fr/2011/01/24/poles-de-competitivites-souriez-vous-etes-fliques-par-la-dcri-et-la-dpsd/#comments Mon, 24 Jan 2011 13:16:35 +0000 Jean Marc Manach http://owni.fr/?p=43599 L’affaire remonte au 1er décembre 2010. Ce mercredi soir à l’hôtel Crowne Plaza de Toulouse, l’un des membres de la délégation de China Eastern Airlines revient, juste avant le dîner, dans la suite présidentielle occupé par son patron, Shaoyong Liu. En entrant dans la chambre, il tombe nez à nez sur trois hommes en train de méthodiquement fouiller les affaires de M. Liu, dont son attaché-case protégé par une combinaison chiffrée. « Oups, bafouillent-ils en s’enfuyant, nous nous sommes trompés de chambre… ».

Furieux, les Chinois –en visite pour acheter des Airbus- quittent l’hôtel, sans porter plainte. La PJ intervient et trouve dans la chambre visitée un kit spécial « rat d’hôtel » pour crocheter une serrure et aspirer toutes les données d’un ordinateur. L’enquête n’a pas permis d’identifier les rôdeurs. Révélée par la Dépêche du Midi, l’affaire a été soigneusement étouffée, jusqu’à ce que Charlie Hebdo ne lève le voile sur l’identité des mystérieux visiteurs du soir : une équipe de la DGSE, héritiers du fameux Service 7, spécialisé dans l’interception de courriers et autre ouverture de valises diplomatiques.

Officiellement démentie, l’opération a (provisoirement) gelé les activités du « service opérations » (SO). Elle montre aussi le dynamisme des services secrets français en matière d’espionnage économique, promu au rang d’activité stratégique de premier rang.

Espionnage économique : quand les “services” surveillent les Français

S’il est formellement interdit, a priori, aux services de renseignement américains d’espionner des citoyens états-uniens. A contrario, les services de renseignement français ont non seulement le droit, mais aussi l’obligation, de s’intéresser de très près à certains de leurs concitoyens. Et pas seulement en matière d’anti-terrorisme.

En 2005, la DST et les RG avaient ainsi été invités à le faire au moment des “émeutes de banlieue”, en surveillant les échanges téléphoniques, les SMS, blogs et sites internet au motif que les jeunes émeutiers s’en servaient pour communiquer, et s’organiser. Mais le contre-espionnage ne s’intéresse pas qu’aux seuls fauteurs de trouble à l’ordre public.

En 2006, suite à la labellisation de 67 pôles de compétitivité, la DST et les RG ont été invités à s’intéresser de plus près à l’intelligence économique. Tout comme la DPSD, le moins connu des services de renseignement français.

On connaît plus ou moins bien les Renseignements Généraux (RG), ainsi que la Direction de la surveillance du territoire (DST), fusionnés en 2008 au sein de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), qualifiée de “FBI à la française en matière de renseignement” par le ministère de l’Intérieur.

On sait moins que les RG “ont créé, en 1999, un observatoire de l’intelligence économique, instance de réunion et d’échange, qui, en mai 2000, a publié un référentiel, une sorte de bréviaire de l’IE (et qu’ils) ont fait de l’intelligence économique un sujet d’étude au même titre que l’actualité sociale ou les banlieues“. De même, la DST “a subi dès la fin des années 70, une importante évolution liée (au) glissement des activités d’espionnage du seul secteur militaire vers les domaines économique, scientifique et technique“.

De fait, les missions vont de la lutte contre l’espionnage et le terrorisme à la protection du patrimoine économique, et donc la surveillance des individus et mouvements susceptibles de “porter atteinte à la sécurité nationale“. Le décret portant création de la DCRI précise ainsi qu’”elle contribue à la surveillance des communications électroniques et radioélectriques susceptibles de porter atteinte à la sûreté de l’Etat“.

Du côté du militaire, la DGSE est chargée du renseignement à l’étranger (et tant en matière d’antiterrorisme que d’intelligence économique), la DRM du renseignement militaire (ils collaborent au programme “Frenchelon” d’espionnage des télécommunications), et la Direction de la Protection et de la Sécurité de la défense (DPSD) des habilitations secret défense, du contre-espionnage, du contre-terrorisme et de la “contre-subversion intéressant la défense nationale“.

Espionnage économique et contre-espionnage militaire

Dans le cadre de la montée en puissance de l’intelligence économique, un rapport parlementaire révéla, en 2006, que “l’organisation des postes de la DPSD en métropole a été intelligemment calquée sur la cartographie des « pôles de compétitivités » définis par le Gouvernement“.

Lors d’une présentation de son service à l’Ecole supérieure de guerre, le général Antoine Creux précisait ainsi ce jeudi 20 janvier, que la “protection du patrimoine économique” est la deuxième priorité de la DPSD. La seule industrie de défense représente aujourd’hui 2000 entreprises pour un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros par an.

Autrement dit, il s’agit de se déployer aux côtés de ces sociétés et laboratoires de recherche et développement que le gouvernement considère comme les plus prometteurs, afin de les protéger. Et donc d’en surveiller les actifs, et les salariés. Et ce d’autant que “le ministère de la Défense s’est fortement impliqué dans l’action interministérielle d’analyse des candidatures et qu’il “dispose de leviers d’action très variés pour soutenir et travailler” avec la vingtaine de pôles de compétitivité dans lesquels il est impliqué.

Fin 2005, le Figaro expliquait ainsi, dans un article intitulé L’espionnage économique menace les PME, la façon qu’avaient les services de renseignement de s’intéresser de près à certains Français :

A l’instar de la DST, chargée de détecter toute menace visant de grosses entreprises considérées comme sensibles et pouvant porter atteinte à la sûreté de l’État, les “grandes oreilles” des RG, grâce à leur maillage régional, se penchent au chevet des petites et moyennes entreprises innovantes, susceptibles de faire l’objet d’actions hostiles. «Une centaine de fonctionnaires ont déjà été formés pour vérifier systématiquement, lorsqu’une entreprise de pointe est en difficulté, si elle a fait l’objet d’une attaque d’un concurrent», explique un haut fonctionnaire.

En l’occurrence, le “bilan confidentiel” (sic) des RG avançait que, sur 934 entreprises surveillées “dans le cadre d’éventuelles «débauches de cadres détenant un savoir-faire», de «piratages ou de vols d’ordinateurs», «d’actions de lobbying offensif», de «rumeurs d’appartenance sectaire pour exclure un concurrent d’un appel d’offre» ou encore «d’infiltrations par le biais de stagiaires étrangers»“, 158 présentaient des “signes de vulnérabilité“, et que 87 d’entre elles avaient fait l’objet “d’actions hostiles signalées“.

Il faut dire les choses, rappelait le général Creux, on a des ennuis avec les stagiaires chinois, très nombreux, qui comme par hasard veulent faire leur thèse dans des domaines sensibles.” Et le directeur de la DPSD de souligner qu’”on est au tout début de la guerre de l’information, les gens ne se rendent pas compte de la vulnérabilité des systèmes d’information… “.

« Evaluer l’efficacité socio-économique » du contre-espionnage militaire français

En 2006, la DPSD avait ainsi pour objectif d’”améliorer le niveau de sécurité des forces et du patrimoine industriel et économique lié à la défense” :

La DPSD est chargée d’une mission de contre ingérence économique afin de protéger les industries de défense qui maîtrisent des techniques de pointe ou des technologies duales les rendant très sensibles aux actions d’ingérence étrangère.

Ce risque d’ingérence peut être lié aux activités de services de renseignement, d’organisations ou d’agents se livrant à l’espionnage, au sabotage, à la subversion, au terrorisme ou au crime organisé.

Le rapporteur s’inquiétait par ailleurs “du fait que près d’un tiers des inspections ne soit pas effectué dans les délais impartis“, notamment du fait que “la DPSD ne dispose pas d’assez de personnel pour assurer ces inspections.

RGPP aidant, ses effectifs sont de fait passés de 1618 en 1997 à 1224 en 2010, une décroissance qui va s’accélérant : “globalement, la DPSD est engagée dans une diminution des effectifs qui sera supérieure à 15 % sur six ans“. Le général Antoine Creux avance pour sa part le chiffre de 350 inspecteurs de sécurité répartis en 60 sites sur tout le territoire.

En 2008, au moment de la création de la DCRI, on dénombrait 3450 policiers aux RG, et 2000 à la DST. Depuis leur fusion, les effectifs ont fondu. La DCRI, qui dénombrait 4 000 fonctionnaires dont 3 000 policiers à sa création, n’en comptait plus que 3306 début 2009, lorsqu’elle s’est vu notifier, au titre de la RGPP, “une déflation quadriennale de 400 personnels, soit 12 % de ses effectifs, de manière à atteindre 2 922 équivalents temps plein travaillé au 31 décembre 2011“.

En 2008, quelque 1 200 policiers et 440 personnels administratifs issus des RG étaient en effet affectés à une nouvelle sous-direction de l’information générale (SDIG), chargée des missions, autrefois révolues aux RG, mais ne relevant pas du “renseignement” (information générale sur l’activité politique, économique et sociale, surveillance des violences urbaines).

Comment surveiller le secteur privé ? En l’infiltrant…

On ne peut pas dire, pour autant, que le travail de surveillance et de renseignement ait forcément pâti à la hauteur de cette baisse d’effectif. Car, et dans le même temps, on assiste aussi à une privatisation rampante du métier de contre-espion, les sociétés d’intelligence économique et de sécurité privée recrutant allègrement nombre d’anciens agents des services de renseignement.

En prenant conscience de la montée des pratiques d’espionnage économique dans les années 90, les “services” ont ainsi mis au point plusieurs parades. La première a consisté à placer sous surveillance le milieu des officines privées.

L’arrivée de l’agence Kroll (3800 salariés en 2007, soit le premier cabinet de renseignement financier dans le monde) à Paris et le débauchage en 1992 de l’inspecteur principal Yves Baumelin, responsable à la DST des relations avec les services étrangers, sonna comme un coup de semonce. Pour ne pas se laisser déborder, la DST institua un contrôle systématique des Sociétés de renseignement privées (SRP).

Dans son livre témoignage, l’ex gendarme Patrick Baptendier raconte comment chaque semaine un officier traitant du contre-espionnage visite la société Géos pour s’informer des dossiers en cours. Idem pour le vivier de sous-traitants (souvent de très petites PME) qui peuplent ce milieu de l’intelligence économique.

Géos fait d’ailleurs figure de tête de pont. Fondée par un ancien caporal-chef du service action de la DGSE, elle voit arriver dès 1998 l’ex-patron de la Direction du renseignement militaire (DRM), le général Jean Heinrich… suivi par une brochette de pontes des services. Pourquoi une telle alliance ? Sinon pour constituer un pendant aux services proposés par les grands cabinets anglo-saxons.

L’autre phénomène observé cette dernière décennie est la lente mais certaine privatisation de la fonction renseignement des groupes mondialisés. Renault, comme toutes les entreprises positionnées sur un secteur concurrentiel, a développé un véritable service de renseignement.

Dirigé par Rémi Pagnie, ex de la DGSE et ancien chef de poste à Tokyo, il peut compter sur d’anciens de la police judiciaire. Tous reconvertis dans le juteux business de la sécurité privée. Ce qui peut finir par créer des tensions, lorsque les intérêts d’une multinationale ne convergent plus avec ceux de l’Etat… Au milieu des années 2000, conscients de ces risques, la DST avait rédigé un décret interdisant à ses agents de pantoufler dans le privé avant une période probatoire de trois ans, de façon à rendre obsolète leur carnet d’adresses. Aucun gouvernement n’a pris le risque de mécontenter les futurs jeunes retraités des services…

Illustration de Une : Loguy

Article de Une : Le droit à l’information mis à mal par le secret des affaires / Espionnage chez Renault: un cas de bleuïte ou une vraie fuite ?

Illustration CC Spy by bhrome. Merci à David Servenay pour sa relecture, et ses propositions.

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