OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 La révolution de la télé http://owni.fr/2011/11/24/revolution-tele-connectee-internet/ http://owni.fr/2011/11/24/revolution-tele-connectee-internet/#comments Thu, 24 Nov 2011 07:18:59 +0000 Eric Scherer http://owni.fr/?p=88025 La série continue. Avec Internet et la révolution numérique, la destruction créatrice, qui a bouleversé de fond en comble les industries de la musique, de la presse et du livre, s’abat aujourd’hui sur le monde de la télévision. Elle risque d’y être plus rapide et plus rude. Et comme pour les autres vieux médias, la création de valeur risque de se faire ailleurs, mais la destruction chez elle. Avec, de toute façon, un grand gagnant : le téléspectateur, qui deviendra télénaute !

Révolution télévisée

Les signes révélateurs, et puissamment déstabilisateurs pour toutes ces institutions qui se croyaient solidement en place, sont bien les mêmes :

1. Explosion de l’offre. Fin des monopoles de la production et de la diffusion, effondrement des barrières à l’entrée, abondance de nouvelles offres meilleur marché qui séduisent, désintermédiation et nouveaux intermédiaires, recul des revenus traditionnels, nouveaux rapports de force.

2. Nouveaux usages. Rapides et profonds changements générationnels dans le mode d’accès à l’information, la culture et le divertissement, consommés à la demande.

3. Primat de la technologie, de l’expérience sur le contenu — qui n’est plus roi–, et de l’accès sur la possession. Le message, c’est de plus en plus le médium.

4. Démocratisation et prise de pouvoir du public, qui contribue, interagit, programme, coproduit, assemble, commente, recommande, partage.

5. Atomisation des contenus, fragmentation des audiences.

6. Dématérialisation et disparition progressive des supports physiques, piratage facilité par l’usage généralisé du réseau.

7. Déflation. Désintégration des modèles économiques non transposables, modèles de rechange introuvables alors que la demande croît, course à l’attention et au temps de cerveau disponible, migration et éparpillement de la publicité captée par d’autres –souvent à l’étranger–, inquiétudes sur le financement de la création.

8.Bataille pour le contact direct avec l’utilisateur, dont les données sont commercialisées.

9. Certitude et rapidité du changement, de la propagation et de l’appropriation de nouvelles technologies en rupture, instabilité des processus, internationalisation des marchés, marques globales.

10. Conservatisme, défiance, rejet. Sidération et crispation des dirigeants face à la complexité du nouveau paysage, inquiétude des personnels mal armés, résistance corporative et culturelle au changement, impuissance des politiques dépassés, — souvent tous digital tardifs !

Ces dix indicateurs mondiaux de chambardements sont d’autant plus similaires que les frontières entre médias s’estompent au fur et à mesure de l’évolution des technologies et de l’adaptation de différents contenus, qui se chevauchent et convergent sur l’Internet, plate-forme dominante.

D’où ces interrogations :

Les leçons de quinze années de chamboulements douloureux dans la musique et la presse seront-elles tirées ?
La télévision traditionnelle du 20ème siècle résistera-t-elle mieux à la mondialisation numérique et à l’Internet ouvert ?
Saura-t-elle tirer parti de l’appétit croissant du public pour l’image dans une culture de l’écran qui s’installe ? Ou va-t-elle se raidir, s’arc-bouter en cherchant à protéger coûte que coûte – et assez vainement – ses sources traditionnelles de revenus ?
Adoptera-t-elle assez rapidement les nouvelles manières du public de consommer facilement des contenus partout ? Laissera-t-elle le télénaute frustré s’en aller ailleurs regarder plus de contenus sur plus d’écrans ? L’empêchera-t-elle de retransmettre et de partager ?
Pourra-t-elle s’enrichir des nouvelles contributions, des nouvelles formes d’écriture ? Trouvera-t-elle de nouveaux modèles d’affaires ? Saura-t-elle lâcher prise pour se réinventer ?

En schématisant, deux scénarios se dessinent:

Scénario pessimiste :

Au milieu de la déferlante de terminaux connectés, le téléviseur devient un écran parmi d’autres, qui donne accès aux vieux contenus TV, perdus dans des millions d’autres au sein du réseau.

Scénario optimiste :

Internet enchante la télévision qui garde une place centrale. C’est l’âge d’or de la télévision.

A court terme, le second scénario est possible à condition d’accepter que la télévision ne sera plus la télévision telle que nous l’avons connue.

Car si malgré bientôt vingt ans d’Internet, la télévision est en mesure de rester au centre de nos vies au foyer, c’est avant tout parce qu’elle ne répond plus du tout à la même définition qu’avant, et qu’elle va se consommer très différemment.

La télé décloisonnée

D’un écran d’affichage doté de quelques chaînes qu’on parcourt (presque de la vente forcée !), elle est en passe de devenir le cœur de la maison connectée, de se transformer en réservoir d’une multitude de contenus et services logés dans le “cloud”, consommés à la carte et disponibles sur d’autres terminaux. C’est-à-dire, sous peu, la porte d’entrée principale du web et la fenêtre sur tous les contenus. Des contenus d’information, de culture et de divertissement, mais aussi de santé, d’éducation ; des services de communication (visio-conférence) etc…

Mais la technologie est en train de modifier le divertissement. Avec leur ADN très technologique, de très nombreux nouveaux acteurs innovants, dynamiques et surpuissants – souvent déjà des empires mondiaux — travaillent à briser rapidement l’ordre audiovisuel établi pour organiser au mieux cette nouvelle expérience enrichie. Ils inventent de nouvelles interfaces vidéo, agrègent et vendent des contenus créés par d’autres, proposent de nouveaux formats et modèles d’affaires, court-circuitant au passage les tenants de l’ancien système. Même les fabricants de téléviseurs, travestis en agents immobiliers d’écrans, veulent devenir éditeurs !

Tous sont en train de forcer le décloisonnement entre le monde audiovisuel fermé et celui ouvert du web.

Les nouvelles règles de la télévision, dernier écran à ne pas être complètement connecté, sont réécrites sous nos yeux pendant que bascule l’équilibre entre médias et sociétés technologiques au profit des nouveaux redistributeurs, qui ont devant eux un boulevard permis par l’appétit insatiable du public.

Déjà Hollywood, qui espérait en vain que le public achète – même en ligne – et conserve ses productions, se convertit au streaming.

Les accords se multiplient en cette fin d’année entre, d’une part les studios d’Hollywood et les grands networks beaucoup moins dominants, et d’autre part les nouvelles plateformes des géants du web, pleins de cash. Il s’agit d’offrir au public et en streaming films, séries et grands shows TV sur le Web via tous les terminaux possibles. Cette nouvelle diversification des revenus, en plus de la publicité et des opérateurs, permet aussi d’éviter le piège de la concentration de l’offre cinéma et l’apparition d’un acteur central (comme iTunes pour la musique).

Au passage et contrairement à un positionnement technologique initial, Google, YouTube, Facebook deviennent devant nos yeux des médias producteurs et financeurs de contenus propres. Google a d’ailleurs assez d’argent pour racheter tout Hollywood, Apple vaut plus que les 32 banques de la zone euro réunies et Netflix fait des chèques en centaines de millions de dollars.

En sens inverse, pour survivre, les médias et leur ADN fait de contenus, sont forcés avec grande difficulté de se transformer en sociétés technologiques, remplies de logiciels intelligents, sans pour autant comprendre et mesurer l’impact de cette transformation au cœur de leur organisation. Car il ne s’agit plus seulement de publier ou de diffuser, puis d’attendre le lecteur ou le téléspectateur, mais d’offrir le bon contenu, au bon moment, et au bon endroit à un public qui jouit désormais d’une multitude d’offres concurrentes. C’est à dire d’avoir une connaissance presque intime de son audience, de son public, de chaque utilisateur pour créer une expérience pertinente. Tout le contraire d’un mass media ! Le défi est bien désormais de parvenir à offrir du “sur-mesure de masse” !

La réception des contenus à la maison est devenue totalement numérique. Et les chaînes de télévision ne vont plus être les seuls acteurs à pouvoir contrôler les points de contacts entre contenus vidéo de qualité et audiences. Perdant le contrôle de la diffusion, elles ne pourront plus, comme pour la musique, jouer de la confusion commode entre mode de distribution et contenus eux-mêmes. Elles ne pourront plus imposer leurs grilles de programmes, et sans doute, assez vite, leurs chaînes.

Le prime time, c’est tout le temps et partout !

L’accès ubiquitaire aux contenus audiovisuels va vite devenir une réalité pour le public où qu’il soit dans le monde. Comme le disait l’un des pères de l’Internet, Vint Cerf, la TV approche de sa phase iPod. La distribution numérique et multi-écrans de programmes TV via Internet se généralise. Le cloud arrive à la maison. Et comme le télénaute souhaite désormais ses contenus TV aussi bien sur son PC que sur sa tablette, son smartphone ou sa console de jeux, il faudra l’aider à les trouver. D’où l’importance cruciale des métadonnées pour faciliter distribution et placement judicieux des contenus.

Les fabricants de téléviseurs étant plutôt lents à réagir, tous les géants du web travaillent aujourd’hui à un “relooking” de la télévision facilitant les passerelles avec l’Internet et tous les terminaux : Google et la V2 de sa Google TV, Microsoft et bien sûr Apple. Mais aussi les opérateurs de télécommunications, notamment en France, leader mondial de l’IPTV.

Chacun tente d’organiser le mieux possible la nouvelle expérience télévisuelle, la “lean back experience” (usage d’un écran en position relax).

Les modes d’accès de la découverte des contenus TV – imposés jusqu’ici par des chaînes— se multiplient et laissent la place aux nouvelles pratiques culturelles de la génération Internet : recherche, recommandation et jeu. Comme ailleurs, la consommation à la carte remplacera le menu, les conseils des amis prendront le pas sur les magistères, l’interaction ludique sur la consommation passive. Les ” watchlists” vont s’ajouter aux “playlists”.

Certains chercheront la martingale avec un media hybride parfait, d’autres se contenteront de faire ce qu’ils savent le mieux, sans vouloir tout accomplir. Mais le triptyque mobile / social / vidéo sera désormais au cœur des stratégies.

L’accompagnement actif des flux et du direct TV par une partie de l’audience et sur un second écran se met en place massivement sous l’appellation “Social TV”. Rapidement, il met le télénaute – devenu acteur – au centre du dispositif et des programmes. Facebook et Twitter enrichissent l’expérience TV par une nouvelle conversation en temps réel autour des émissions. Et la communion n’a pas nécessairement lieu au même moment. Dans une culture de retransmission, c’est le partage qui devient fédérateur, et le public qui devient auteur, éditeur, coproducteur et bien sûr, commentateur. Aux créateurs et producteurs traditionnels désormais d’y penser en amont. Comme à l’enrichissement contextuel, consommé sur un second écran, et qui permet aussi d’en savoir plus.

La télévision, c’est avant tout du divertissement fédérateur, tandis que l’ensemble ordinateur/smartphone/tablette permet d’abord l’accès à la connaissance et à la communication. Le mariage des deux univers suscitera probablement l’émergence de nouvelles écritures par de nouveaux acteurs dans un paysage recomposé … En tous cas moins de contenus prétendus « légitimes ». Et c’est tant mieux !

A la recherche de modèles économiques de rechange

De nouveaux modèles d’affaires peinent à émerger. Mais les nouveaux agrégateurs / redistributeurs s’appuient sur leurs avantages compétitifs habituels : facilité à répliquer à grande échelle et capacité à rendre leurs utilisateurs captifs.

Dans le même temps, l’audiovisuel défend bec et ongles ses revenus traditionnels. Tout le monde court donc après la manne publicitaire de la télévision, toujours énorme par rapport aux autres médias. Mais la gestion des droits, notamment en streaming, augmente les incertitudes, et surtout, les perspectives de retour dans la récession inquiètent. Chacun sent que la migration vers la publicité en ligne – qui n’en est qu’à ses débuts — en sera favorisée. Le marché des applications aussi.

Le modèle “sur-mesure de masse” provoque une rude bataille pour obtenir le contact final avec le télénaute (facturation) et sa connaissance intime (pub ciblée) : HBO a bien plus de 25 millions de téléspectateurs mais ne les connaît pas, contrairement à Netflix, à Canal+, ou aux opérateurs de “triple play”en France. Gare aussi à la bataille annoncée pour la première page des magasins d’applications.

Mais la télévision semble éviter deux écueils majeurs payés cash par la musique et la presse : elle apparaît moins lente à proposer une offre légale en ligne (qui enrayera le piratage) et elle est en mesure de faire payer des contenus numériques, même si la vidéo en ligne rapporte peu pour l’instant. Et puis, les gens capables de produire des films et des séries sont quand même moins nombreux que les créateurs de musique ou de texte en ligne ! Le public passe plus de temps à retransmettre qu’à créer des contenus. C’est une chance pour les professionnels. N’oublions pas l’époque où dans la musique, pirater voulait dire enregistrer un disque vinyl sur une cassette vierge !

Les atouts de la télé

Après un web de publication (années 90), puis le web social contributif (2.0), arrive aujourd’hui le web audiovisuel et de divertissement (“lean back”) où la vidéo joue un rôle central et où tout le monde participe. Mais la valeur a migré des créateurs aux agrégateurs de contenus. Sans différentiation et valeur ajoutée, le prix des contenus tend vers leur coût marginal. C’est-à-dire, dans le numérique, proche de… zéro.

La télévision tente de donc déplacer et réinventer sa valeur autour de quelques axes :

1 – La qualité, le soin et la rigueur de l’écriture des séries de fiction : nouvel âge d’or de la TV. L’air du temps culturel (Zeitgeist) est aujourd’hui aux grandes séries de qualité (Mad Men, The Wire, Les Borgia …) devenues, à l’époque Internet, des phénomènes sociologiques de reconnaissance plus fédérateurs que le livre ou la musique. Nous nous retrouvons sur Facebook et partageons volontiers un frisson commun pour une série. Correspondant bien à notre temps d’attention disponible, elles offrent des performances artistiques de très haut niveau : scénario, mise en scène, grands acteurs, dialogues, réalisations, montage, etc… Mais la France y est en retard.

HBO, avec ses séries originales, populaires et innovantes de très grande qualité, constitue une des forces actuelles de la création audiovisuelle américaine et a largement contribué à redéfinir l’offre culturelle tout en forçant les autres chaînes à hausser leur niveau de jeu. Même tendance au Royaume Uni ou en Espagne.

Les créateurs et détenteurs de droits n’ont donc pas dit leur dernier mot. Car s’il est désormais crucial de s’allier avec les nouveaux distributeurs, ceux-ci ne peuvent rien sans des contenus de qualité. Mais le monde traditionnel de la création, qui vit en circuit fermé, a encore du mal à parler avec le monde de l’Internet. Les rapports de force seront cruciaux, y compris avec le législateur et le régulateur.

L’offre de contenus exclusifs et de haute qualité, où le paiement n’est pas tabou, éloigne les risques de nivellement par le bas. Mais il faudra éviter de croire que la qualité est propre aux chaînes et gare au “good enough is perfect” : des offres meilleur marché très acceptables (iPod, iTunes, Netflix …) ont prouvé qu’elles pouvaient s’imposer !

Quand on se bat pour l’attention des gens, sollicitée par des millions d’autres possibilités, vous avez intérêt à vous assurer qu’ils continueront de venir chez vous !

2 – Les grands directs et les grands événements fédérateurs, en sport, politique, talk-shows, spectacles vivants, sont encore des valeurs sûres du savoir faire des grands acteurs traditionnels de la télévision, notamment en raison de la détention des droits. La fraîcheur des contenus peut aussi être valorisée. La téléréalité de qualité également. Elle a permis la première vague d’arrivée massive du public dans les émissions et les programmes.

3 – La TV partout ou le multi-écrans. C’est la stratégie de Time Warner qui constitue à systématiser l’offre sur absolument tous les supports et en toutes conditions (Web, mobilités, réseaux sociaux, applications, câble, satellite, IPTV, etc…). La facilité d’accès est le premier service. La multiplication des points de contact favorisera les possibilités de monétisation. La prolifération de magasins de vidéos en ligne est une opportunité pour les riches catalogues des chaînes de télévisions et des producteurs de contenus vidéo. Cette tendance encouragera la fragmentation des contenus, le “cord cutting” du câble et des telcos, et accélérera le déchaînement … des chaînes.

4 – La TV traditionnelle, éditeur repère. Submergé par l’hyper-offre déferlante de contenus de qualité diverse, et donc confronté à l’hyper-choix, le télénaute sera en quête de repères, de tiers de confiance, qui l’aideront à remettre de l’ordre, à faire des choix, thématiser, réduire le bruit, s’éloigner du piratage. La certification et le sérieux apportés par des marques –encore familières– sauront l’accompagner et répondre à un nouveau besoin de médiation avec l’assurance d’une expertise reconnue. Cette dernière devrait être mise à profit pour organiser aussi l’offre des tiers, aider à trouver les contenus, leur donner du sens. Dans un nouvel univers inédit d’abondance, la qualité des contenus alliée à la clarté et la simplicité d’usage deviendront aussi, rapidement, de nouvelles valeurs ajoutées gagnantes.

5 –Favoriser la recherche et développement. Pour les programmes, les émissions, la publicité. Mettre le public en amont dans la conception et la production. Préparer à la source des expériences médias qui s’adaptent à la nouvelle vie des gens. Accepter de coproduire et de perdre un peu de contrôle. Partager et se familiariser à la grammaire des nouveaux médias, à la littératie numérique. Dire contenu à la place de programme, c’est aussi transformer la télévision.

Parallèlement, et c’est leur caractéristique, la disruption numérique et la révolution Internet se déroulent extrêmement rapidement, plus vite, souvent, que notre capacité d’adaptation. Sous nos yeux se créé une nouvelle culture digitale d’individus connectés entre eux, qui sont aussi dépendants du réseau que nous le sommes de l’électricité.

Aux Etats-Unis, les emplois dans les médias numériques sont désormais plus nombreux que dans le secteur de la télévision du câble. Facebook et son écosystème d’applications aurait déjà généré plus de 200.000 emplois et contribué pour plus de 15 milliards de dollars à l’économie américaine. Google, qui tire plus de 95% de ses revenus de la pub, réalise deux fois le chiffre d’affaires de toute l’industrie mondiale de la musique, Kodak a fait faillite, tweet et Twitter sont entrés dans le Petit Robert, le “hashtag” devient un code du langage.

Quelques raisons de rallumer

Arrivée de l’ubimédia. Le “cloud” nous offre de larges capacités de stockage et de bande passante en supprimant la nécessité d’installer et de maintenir des logiciels ; les smartphones et tablettes facilitent l’accès ubiquitaire aux contenus et services; les réseaux sociaux multiplient les connexions horizontales professionnelles, personnelles et les collaborations au delà des frontières.

Les géants Google, Microsoft, Apple, Amazon, Facebook… sont de plus en plus mondiaux, de moins en moins américains. Les internautes des grands pays émergents (Chine, Inde, Russie, Iran, Nigéria, Brésil) de plus en plus nombreux. Il y a aujourd’hui plus d’utilisateurs de réseaux sociaux qu’il n’y avait d’internautes en 2006 ! Ils sont 800 millions (dont un Français sur trois) sur Facebook, qui, au centre du web est devenu l’OS de nos vies connectées ! Le temps passé sur les médias sociaux dépasse désormais celui des grands portails.

Et comme les autres, les Français passent de plus en plus de temps, sur de plus en plus d’écrans.

Grâce au design, Steve Jobs a fortement contribué à transformer l’informatique en industrie culturelle, à la faire sortir du bureau pour irriguer et enrichir nos vies, à la maison, en déplacement, à changer le vocabulaire média. Les chansons deviennent des listes, les abonnements des applications. Il a privilégié la forme sur le fond, l’esthétique et l’accès sur les contenus. Après les interfaces textes, puis graphiques, le regard, le toucher, la voix, les gestes, sont mis à contribution. Déjà, la réalité augmentée enrichit des expériences médias.

Le boom de la mobilité. L’Internet sur soi défie la récession : la progression des utilisateurs de 3G a fait un bond de 35% en un an dans le monde. Dans les pays riches, 40% de la population possède un smartphone, dont les ventes dépassent désormais celles de portables classiques.

Les tablettes et les smartphones sont plus vendus que les ordinateurs. Les iPads plus demandés que les iPhones ou iPods. Les claviers physiques disparaissent. Le monde applicatif gagne du terrain. La publicité et les grands annonceurs s’y mettent. Les objets mobiles de plus en plus connectés et intelligents renforcent l’autonomie des individus. L’informatique est de plus en plus personnalisée, souvent malgré soi.

Médias sociaux en temps réel. A chaque seconde nous racontons aux autres nos vies et nos rêves. Les médias traditionnels comprennent qu’il ne suffit plus que les gens viennent à eux : il faut aller aussi à leur rencontre. Et aujourd’hui, les gens sont sur Facebook, lieu de consommation et de partage privilégié de contenus, qui a quasiment annexé le reste du web et risque bien de devenir rapidement le distributeur incontournable de médias. L’immédiateté est la nouvelle unité de temps, l’attention la nouvelle monnaie et les données le nouveau pétrole.

“Big data”, data farming. Les données sont désormais vitales pour chaque entreprise. Leur collecte et leur analyse vont déterminer les nouveaux modèles d’affaires, notamment pour le ciblage comportemental. Les métadonnées accolées aux contenus vidéo vont devenir le nouveau lubrifiant indispensable du nouvel écosystème. Mais l’utilisation croissante des données personnelles par les grands, Google, Facebook, Amazon, suscite des craintes croissantes. La protection des données personnelles devient un enjeu crucial, notamment à l’heure de l’essor des technologies de reconnaissance faciale.

Mais rien n’est garanti. La bataille entre Internet ouvert et univers contrôlés fait rage : ni Facebook, ni l’iPad, ni la Xbox ne sont des espaces ouverts. L’accès de tous aux contenus et au réseau est aussi menacé, alors qu’Internet est un bien stratégique d’intérêt public. L’égalité de traitement de tous les flux de données, qui exclut toute discrimination à l’égard de la source, de la destination ou du contenu de l’information transmise sur le réseau, devrait être garantie par les pouvoirs publics.

La télé mute avec nous

Les supports physiques de l’information et des médias semblent arrivés au bout du chemin. Les téléviseurs, eux-mêmes, risquent de disparaître pour se fondre dans notre environnement. Des interfaces existent déjà pour intégrer les images animées et sonorisées dans un miroir, une table en verre. Demain, avec un nouveau design, elles seront partout (sur nos murs, vitres, mains…) pour des expériences médias qui se dissoudront tout au long de la journée dans nos vies, sans rester confinées à un objet ou liées à un moment précis. Grâce à la reconnaissance vocale, elles se commanderont à la voix.

C’est le pronostic d’arrivée de l’information dématérialisée et ubiquitaire : nous serons immergés en permanence dans un univers informationnel où l’information sera disponible partout, tout le temps. Un univers qui s’inscrit bien sûr dans un monde de plus en plus connecté, où l’intégration off et online, notamment en mobilité, va s’accélérer, tout comme la fusion des usages entre nos vies privées et professionnelles.

Nous sommes tous des télés !

Internet a fait du texte, de la photo, de la vidéo des objets banals, peu coûteux à produire et faciles à transmettre. Nous sommes tous devenus des médias, et nous serons bientôt tous des télés ! Chaque entreprise, ministère, club sportif, acteur de cinéma, petit commerçant ou quotidien régional aura son application sur le téléviseur, comme ils ont tous leur site web et leurs applis smartphone ou tablette.

C’est donc dès maintenant – pendant l’installation de coutumes nouvelles – que les acteurs traditionnels doivent privilégier une stratégie offensive et embrasser ces usages en accompagnant le public avec leurs marques fortes. Si elles sont absentes, le télénaute ira voir ailleurs. Rappelez-vous, il n’y a déjà plus de chaîne hifi au salon, mais il y a encore de la musique !

Gare au danger de voir encore s’accroître le fossé déjà important entre la société et une offre TV dépassée, où le public ne se retrouve déjà plus. Attention donc au manque criant de pertinence d’intermédiaires obsolètes continuant à proposer des pains de glace à l’époque des réfrigérateurs. Et il y a danger de croire que l’ordre établi pourra continuer, seul, de contrôler un paysage si changeant et si complexe. La télévision est furieusement contemporaine si elle est enrichie et “smart” !

Ce n’est donc pas la fin de la télévision, mais la naissance d’une toute nouvelle TV, qui n’a rien à voir avec celle des années 80. La convergence actuelle de la télévision et d’Internet est une chance pour rapprocher les citoyens, les accompagner, les mettre en contact avec des services jusqu’ici isolés, partager les connaissances, leur permettre de prendre davantage part au monde de demain qui se met en place aujourd’hui.

Il s’agit bien d’une révolution culturelle.


Article initialement publié sur Meta-media


Photos et illustrations via Flickr : PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales jaygoldman, PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification Danny McL, PaternitéPas d'utilisation commerciale fd

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Ecrans de fffuuu mée http://owni.fr/2011/07/01/ecrans-de-fffu-mee/ http://owni.fr/2011/07/01/ecrans-de-fffu-mee/#comments Fri, 01 Jul 2011 14:04:20 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=72450 Ce matin, j’ai la gueule de bois. Écrans est mort. Ou presque : son enterrement a été célébré la veille, au sein des locaux de Libération, au niveau de la plate-forme “Culture”. Après quatre ans d’existence, le site “de tous les écrans” du journal, sur lequel dépiotage d’Internet, LOLeries en tous genres et bêtes à poils cohabitent en toute sérénité, voit son équipe non renouvelée. Une situation inacceptable pour son chef de toujours, Erwan Cario, qui jette l’éponge.

Alexandre Hervaud, twitto jovial dont le nombre de CDD rue Béranger n’a d’égal que le volume de films nazes visionnés et commentés (j’exagère à peine), s’est vu refuser la signature d’un contrat en CDI. Camille Gévaudan, wikipedienne experte et caution Pokemon-kawaï du site, est obligée, c’est la loi, d’entamer une période de carence à la suite de son CDD. La direction lui garantit un retour en octobre. En CDD, encore. Jusqu’à ce que la situation se répète, qu’un CDI lui soit refusé et qu’elle aussi se voit obligée de partir. Stagiaires, CDD : il n’a jamais été question que de précarité à Écrans. Comment construire dans ces conditions ?

Libération prend l’engagement d’assurer la continuité éditoriale d’ecrans.fr. Ce site n’est pas menacé d’extinction.

C’est en ces termes, adressés à tout Libération, que Nicolas Demorand a répondu aux inquiétudes de l’équipe, affirmant que deux nouveaux CDD pourraient être créés, pour “assurer, dit-il, la continuité éditoriale du site ecrans.fr.”

Proposition à laquelle Erwan Cario a opposé une fin de non-recevoir (l’intégralité du texte ci-dessus) :

Tu as envoyé un mail à toute l’équipe concernant l’avenir d’Ecrans.fr sans même avoir évoqué avec moi depuis l’AG les sujets que tu abordes. Et ce texte, qui me pousse à cette clarification publique, ne contient aucune information nouvelle et ne fait que confirmer une décision prise depuis longtemps: continuer avec une équipe constituée d’un CDI et de deux CDD renouvelés jusqu’à épuisement. [...] Depuis un mois et demi, à chaque occasion, je t’ai expliqué que je renoncerai à l’aventure passionnante qu’est Ecrans.fr si Libération se refuse à pérenniser mon équipe. A chaque fois, tu as acquiescé. Ce n’est ni un caprice, ni un ultimatum, mais le simple constat que Libération ne veut pas ou ne peut pas se donner les moyens d’une présence éditoriale forte sur les sujets importants que sont les nouvelles cultures numériques et l’impact d’Internet sur toutes les strates de la société. Aujourd’hui, je ne peux plus assumer la responsabilité d’un projet auquel je ne crois plus dans les conditions qui me sont proposées. [...]
Erwan Cario, ex-responsable d’Ecrans.fr

La précarité de la situation d’Écrans, ainsi que d’autres changements souhaités au sein du journal, ont conduit Libération à organiser une motion de défiance à l’encontre de son tout nouveau directeur de la publication, Nicolas Demorand. 80% de participation, plus de 78% de votes favorables. “Un coup de batte de base-ball dans la nuque”. Pas suffisant néanmoins pour changer le cours des choses et assurer la pérennité d’Écrans. D’autant qu’un projet comme Next, véritable appeau à annonceurs, se développe depuis un moment.

Période trouble

J’ai été formée à Écrans. J’y ai entamé la construction d’une compétence, l’enrichissement d’un intérêt pour Internet et ses ramifications fascinantes. J’ai pu y écrire tant des analyses de sujets complexes comme la neutralité des réseaux que des revues de choses drôles, belles, absurdes, vues sur le “trois w”. Et l’une comme l’autre recevaient la même considération, aucun sujet n’était plus “noble”. Chaque progéniture d’Internet méritait un même œil attentif et bienveillant.

Avec la fin d’Écrans, les difficultés rencontrées par 01.Net ou même la période trouble que nous avons traversé ici, à OWNI, je m’interroge sur l’avenir du journalisme sur et à propos d’Internet.

Lors de mes premiers stages, en 2007, j’avais été surprise par la violence des journalistes à l’égard du support. “Je ne veux pas être un presse-bouton” était la rengaine classique dans les rédactions investies par le web. Ne parlons pas du traitement réservé à la thématique, reléguée au rayon “Insolites”, ou “buzz”. Le journalisme web amoureux du web était le renégat du milieu. Incarnant la menace que faisait peser l’inévitable “convergence numérique” sur les titres traditionnels, il traitait, dans un même temps, de sujets échappant complètement aux journalistes. Menace double. Résistances.

Dans une étude intitulée Le journalisme après Internet, le sociologue Yannick Estienne écrivait :

La question de l’identité des journalistes en ligne reste ouverte, et l’accès à la reconnaissance reste une gageure.

Achevée en 2006, son enquête et les conclusions qu’il en tire restent valables à ce jour.

En 2011, les partis s’emparent de la question du numérique. Il est dit qu’Internet est porteur de 25% de la croissance sur les trois prochaines années. Edwy Plenel frémit en parlant de WikiLeaks. Rue89 obtient 200.000 euros de Claude Perdriel, dont la majorité ira à la formation d’un pôle data, en se posant comme le “laboratoire” du Nouvel Observateur.  Acculturation.

Pourtant, la considération de notre métier et de ses valeurs semble ne pas avoir évoluée. La reconnaissance de cette particule “web”, encore encombrante pour beaucoup, est restée au point mort. Les mêmes acteurs continuent à battre les cartes, ici ou sur le papier; continuent à transposer les vieilles recettes sur un support aux possibilités d’innovation pourtant infinies.

fuuuuuuuuu

Nous sommes webjournalistes et nous en sommes fiers. Nous croyons en la métarédaction et en l’horizontalité, à la convergence des énergies et des expertises. Nous croyons en la possibilité d’un autre journalisme. En ce sens, nous en rognons la rente, nous lui faisons violence. Nous sommes des petits cons. Et fiers de l’être.

Et vous qu’est-ce qu’on vous a dit, petits cons des interouèbes ?

Sabine : quelques semaines après ma première prise de poste, comme “journaliste webmaster” (“hey, Sabine tu me répares l’imprimante ?” “Non, j’ai fait des études de lettres.”), un baron de la rédac’ a dit, bien fort, devant tout le monde, “le web, j’en ai rien à branler”. Aujourd’hui retraité, il a un profil Facebook, un iPhone, un blog – il m’a d’ailleurs demandé des conseils à ce sujet, que je lui ai volontiers donnés -, et il twitte. Mais je ne le followe pas.

Images CC Flickr PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales EPIC FU

Pour ceux qui n’ont pas compris le titre, des indices ici.

Téléchargez la belle une de Elsa Secco

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Nick Whitehouse, light designer des stars http://owni.fr/2011/02/04/nick-whitehouse-light-designer-des-stars/ http://owni.fr/2011/02/04/nick-whitehouse-light-designer-des-stars/#comments Fri, 04 Feb 2011 15:35:38 +0000 Loïc Dumoulin-Richet http://owni.fr/?p=30105 Nick Whitehouse exerce une activité rarement évoquée et pourtant primordiale dans le monde du live. C’est grâce à lui que certains des plus gros shows pop de ces dernières années, parmi lesquels ceux de Coldplay, Kylie Minogue, Alicia Keys, Justin Timberlake ou encore Britney Spears ont repoussé les limites visuelles par leur mise en scène et en lumière aussi créative que moderne. Nous l’avons rencontré et avons pu évoquer avec lui son activité et les artistes avec lesquels il a collaboré. Il nous livre aussi ses conseils pour ceux qui voudraient suivre ses traces et pour les artistes désireux d’éclairer leurs concerts au mieux avec peu de moyens.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

(Kylie Minogue – X2008 Tour, Like A Drug)

Comment définissez-vous votre travail ?

Je suis à la fois designer lumières, designer scénique et technique . Concernant la lumière, cela veut dire en gros que je réfléchis à ce à quoi je souhaiterais faire ressembler chaque chanson d’un concert, afin que la mise en lumière lui fasse écho au mieux. Ensuite je décide où doivent être placées les sources lumineuses et de quelle manière elles doivent être programmées pour arriver au résultat souhaité.

Pour ce qui est du design scénique et technique, je travaille au sein d’un groupe, Road Rage, composé de William Baker, Steve Dixon, Josh Zangen et moi-même. Ensemble nous créons des scènes et les décors de concerts. Les idées et concepts de base sont élaborés collégialement, puis Josh Zangen et William Bake prennent en charge les détails créatifs, Steve s’occupe des coûts et s’assure que tout soit réalisable dans le cadre du budget imparti, et moi, je fais en sorte que les choses soient techniquement réalisables. Cette équipe est incroyable et ensemble, nous fonctionnons parfaitement.

Comment avez-vous commencé dans le domaine du design lumière ?

En fait, j’ai commencé en m’occupant du son ! Mais j’ai vite compris que le travail sur la lumière me convenait davantage. J’ai travaillé dans de nombreuses salles de concert de Londres en tant qu’ingénieur lumière, et parallèlement je me suis investi dans un maximum de projets avec les meilleurs light designers possibles, essayant d’apprendre le maximum de chacun d’entre eux. Après des années à faire cela, j’ai réussi à me faire remarquer par un petit groupe qui tournait à Londres en même temps, et j’ai donc commencé à travailler avec eux. Le groupe a vite percé à grande échelle, et moi avec, mettant en pratique tout ce que j’avais appris. J’ai fini par travailler avec eux pendant six ans, à faire des tournées dans le monde entier. Ce groupe, c’était Coldplay.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

(Coldplay – Twisted Logic Tour 2005/2006, Square One)

Comment en êtes vous venu à travailler sur d’énormes tournées pop ?

J’ai commencé les gros shows pop en 2006, lorsqu’on m’a approché pour travailler sur le Future Sex Love Show de Justin Timberlake. J’avais précédemment collaboré avec succès à de nombreuses tournées d’artistes pop anglais d’envergure plus modeste et ma réputation commençait à être plutôt solide. Justin cherchait quelque chose qu’il avait vu à l’un de mes spectacles. Il souhaitait transformer les énormes arenas de 15 000 places en petits clubs intimistes. Il avait vu à Tokyo le spectacle que j’avais crée pour Coldplay, et m’a demandé de travailler pour le sien. La tournée a débuté en 2007 et s’est avérée être un immense succès, avec 112 arenas à guichets fermés partout dans le monde. A partir de là, je me suis mis à collaborer avec certains des plus gros artistes pop du monde.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

(Justin Timberlake – FutureSex LoveShow 2006/2007, Sexyback)

Où puisez-vous votre inspiration ?

Partout ! Une grande partie vient de l’artiste lui-même. Il est très important pour moi que le spectacle reflète qui il est ainsi que sa musique. Parfois, l’inspiration vient de quelque chose de cool que j’ai pu voir. J’ai pas mal d’idées en stock pour lesquelles je n’ai pas encore trouvé le show adéquat où les utiliser.

A quel moment dans le processus créatif d’une tournée commencez-vous à être impliqué ?

Tout dépend de mon rôle. S’il ne s’agit que de la lumière, un peu après le début des réflexions créatives, mais le plus souvent j’interviens à l’origine même du projet. Je lance des idées avant même de savoir si la tournée aura bien lieu.

Votre travail est-il vraiment différent selon l’ampleur de la production ? Plus c’est gros, mieux c’est ?

Absolument pas ! Ce qui fait la différence, c’est la qualité de l’artiste. J’ai l’immense chance de travailler avec des gens formidables. J’adore les gros spectacles faits pour les arenas. Je pense que ce type de salle est ce qui se fait de mieux si on veut voir un vrai show. Si les choses sont bien faites, chaque spectateur doit avoir l’impression de faire partie de l’action. D’un autre côté, pour Justin Timberlake nous avons aussi fait des concerts dans de toutes petites salles, et le voir évoluer sur des scènes minuscules avait quelque chose de vraiment magique. La tournée américaine de Kylie Minogue, où elle jouait dans des théâtres de taille moyenne est sans doute mon spectacle préféré. Si je n’avais pas travaillé dessus, j’aurais payé pour en voir chaque date. C’est une telle superstar. Je suis on ne peut plus excité par sa nouvelle tournée, Aphrodite Les Folies. On y a incorporé tout ce que l’on a appris et on a amené tout cela à une échelle jamais vue.

Pouvez-vous m’expliquer comment les outils et matériaux que vous utilisez dans l’élaboration d’un spectacle ont évolué au fil des années ? Qu’est-ce qui se fait de mieux de nos jours ?

Au niveau de la lumière, les choses ont beaucoup évolué. A mes débuts les projecteurs fixes et les « Source 4 » étaient les seuls éléments disponibles sur les rails sur lesquels sont fixés les lumières, et parfois seulement on ajoutait une poignée de spots mobiles, car ils étaient nouveaux et coûtaient cher. Aujourd’hui, la plupart de mes designs est composée d’éléments mobiles. En fait j’utilise très rarement les spots fixes. On a aussi pu observé une montée en flèche dans l’utilisation des éclairages basés sur les LED. Ce n’est pas ce que je préfère car ce n’est pas ce que je préfère voir sur scène, mais ils sont utiles pour éclairer des objets sur scène… ou sous l’eau !

Pour ce qui est des éléments de scène, la technologie a énormément progressé et il s’agit maintenant de constructions extrêmement complexes. Elles sont pour la plupart fabriquées à partir d’aluminium et de contreplaqué (ça n’a pas beaucoup changé). Leur assemblage a été modernisé par une entreprise américaine, Tait. Ils ont développé des systèmes d’assemblage et de verrouillage rapide qui ont fait passer le temps nécessaire au montage d’une scène de 4 heures à 30 minutes environ. Cela signifie que l’on peut se permettre des choses beaucoup plus compliquées qu’avant au niveau du design scénique ! Les ascenseurs et autres systèmes automatisés sont des éléments mécaniques incroyables, il faut les voir pour le croire ! Récemment, on a reçu un ingénieur de la NASA sur le site de construction de la nouvelle tournée de Kylie Minogue. Il nous a confié que la technologie utilisée était plus élaborée que celle de la navette spatiale !

Première image dévoilée du design scénique de la tournée Aphrodite Les Folies de Kylie Minogue qui débute le 19/2/11

Qu’est ce qui fait un bon spectacle selon vous ?

Pour moi, c’est un show qui vous divertit du début à la fin, sans pour autant éclipser la performance de l’artiste avec des distractions en tous genres. Il ne faut pas non plus qu’on ait l’impression que cela dure indéfiniment. La vraie preuve, c’est la réaction des fans. Meilleure elle est, plus on sait qu’on a fait du bon travail.

Vous ne travaillez qu’avec des artistes dont vous appréciez la musique ?

Malheureusement non. Mais aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir choisir les gens avec qui je collabore, donc tous ceux avec qui je travaille sont des artistes que j’apprécie.

Qui sont vos concurrents dans le business ?

Il n’y en a pas beaucoup. En fait je suis très ami avec le principal de mes concurrents. On est tous les deux tellement pris qu’il nous arrive de nous repasser des projets. Je ne pense pas être meilleur, je crois juste que nous avons des styles différents donc il s’agit plus de savoir à qui tel ou tel projet convient le mieux.

Que diriez vous à quelqu’un qui désirerait suivre vos traces (études, expériences etc.) ?

Quand j’étais à l’école il n’existait pas vraiment de formation en tant que telle, mais je pense qu’une formation sur l’aspect technique des choses serait un plus. Des cours sur le design lumière et le « stage management » seraient vraiment intéressants aussi. Pour ce qui est de l’expérience, je conseillerais d’en accumuler autant que possible. Du monde du théâtre aux studios de cinéma en passant par les salles de spectacles locales, les grosses tournées etc. Tout est utile. Il faut toujours avoir envie de se rendre utile, d’apprendre, ne pas avoir peur de prendre la parole pour proposer des idées, tout en gardant en tête que les gens du milieu auront sans doute déjà tout tenté. Mais on ne sait jamais ! On donne du travail aux plus investis, aux gens que l’on rencontre alors qu’ils donnent un coup de main sur une tournée.
Sinon, essayez de faire un maximum de stages pour vous familiariser aux nouvelles technologies comme aux plus anciennes. Travaillez dans la salle de spectacle du coin, donnez-y des coups de main, occupez vous de la lumière… Dans cette industrie, on ne réussit qu’à force de travail acharné et d’expériences multiples.

Quels seraient vos conseils à un jeune groupe qui ne dispose pas d’un budget de popstar pour éclairer au mieux son show ?

Lumière en fond de scène, fumée et un bon timing ! Assurez vous que 90% des spots et projecteurs se trouvent en fond de scène. De cette manière, un petit dispositif peut faire des miracles !

Le site officiel de Nick Whitehouse : http://www.nick-whitehouse.com/

Ci dessous, queques exemples du travail de Nick Whitehouse. (Crédits photos : (c) Steve Jennings)

Alicia Keys - As I Am Tour 2008

Britney Spears - Circus Tour 2009

Justin Timberlake - FutureSex LoveShow 2007/2008

Justin Timberlake - FutureSex LoveShow 2007/2008

Justin Timberlake - FutureSex LoveShow 2007/2008

Kylie Minogue - For Me For You Tour 2009 (USA)

Kylie Minogue - For Me For You Tour 2009 (USA)

Kylie Minogue - X2008 Tour

Kylie Minogue - X2008 Tour

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http://owni.fr/2011/02/04/nick-whitehouse-light-designer-des-stars/feed/ 3
Frères humains, qu’est-ce que Twitter a fait de nous? http://owni.fr/2010/09/12/freres-humains-quest-ce-que-twitter-a-fait-de-nous/ http://owni.fr/2010/09/12/freres-humains-quest-ce-que-twitter-a-fait-de-nous/#comments Sun, 12 Sep 2010 17:58:31 +0000 JCFeraud http://owni.fr/?p=27946 “A force de vie irréelle, peut-être dirons nous un jour aux gens IRL (in real life) : j’ai vu tant de choses que vous humains ne pourrez jamais voir”… Cette semaine, j’ai tweeté à deux reprises cette réflexion personnelle inspirée de la scène finale de “Blade Runner”. Les  @Garriberts de “Libé” me l’ont fait remarquer. Je les en remercie ici, ils ont fait germer l’idée, l’envie d’écrire de ce billet. Voilà ce que je leur ai répondu: “J’adore me répéter dans le bruit de nos gazouillis, prêcher K.Dick dans le désert confus de la Twittosphère.

Prêcher ? Oui pourquoi pas. Car, frères humains, je m’interroge de plus en plus : mais qu’est-ce que Twitter est en train de faire de nous ? Des “répliquants” numériques peut-être… Comme un medium esquissant l’un de nos futurs possibles dans ses livres uchroniques, le génial Philip K. Dick l’avait prédit dans“Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques”, le formidable roman de “SF” qui servit de base au scénario du “Blade Runner” de Ridley Scott : un jour, il nous sera sans doute impossible de distinguer l’homme de la machine, les êtres réels de leurs simulacres

Le répliquant Roy joué par Rutger Hauer dans le final de "Blade Runner"

Ce jour est peut-être arrivé en l’an de grâce 2010: l’année où l’internet temps réel a commencé à nous suivre partout, sur tous nos écrans, faisant de nous des mutants connectés en permanence. J’ouvre mes yeux fatigués par ces jours et ces nuits online et je crois bien que nous, adeptes forcenés du réseau “social” Twitter, sommes peut-être en train de nous confondre avec nos Avatars, nos identités numériques dans ce monde parallèle… Twitter prend de plus en plus de place dans nos vies, jusqu’à nous rendre absents au réel, à nous mêmes. Regardez-vous, regardez nous hypnotisés par la rivière de mots, d’infos, de pensées et d’émotions qui défile sur nos écrans tactiles.

La seule chose qui nous obsède c’est : que se passe-t-il en ce moment là-bas dans la Twittosphère ? Qu’est ce qu’on y raconte, c’est quoi la story, le LOL du jour ? Suis-je cité ? Repris pour ce billet, ce lien inédit ou ce trait d’esprit ? Ais-je reçu des DM, ces messages privés qui nous rapprochent entre Twitteraddict (je déteste l’anglicisme un rien vulgaire du terme “Twittos”) ? Merde je vais encore devoir remonter 6 heures de “time line” (TL) pour en être sûr de ne pas avoir manqué quelque chose…

Nous marchons dans la rue ou prenons le métro sans voir les gens; à la maison nous regardons des films en famille sans être là, l’air absent ou les yeux rivés sur l’iPhone ; nous parlons moins aux gens qui nous aiment encore en vrai à côté de nous pour tisser d’étranges liens amicaux, voire amoureux avec des inconnus qui nous deviennent très proches; au bureau, les vrais collègues ne sont pas autour de nous dans l’open space mais sur Tweetdeck ouvert en permanence sur l’écran de nos postes de travail…

J’ai déjà évoqué mon addiction, la notre, dans cette interview  “Twitter est une drogue dure pour les journalistes” et aussi ce billet” To be or not to be a tweet’journalist” . Mais il y a six mois, un an, une éternité à l’échelle de notre monde de micro-blogging, je concevais cet usage compulsif du message en 140 signes uniquement comme outil professionnel. Jamais je n’aurais cru que j’allais m’immerger à ce point dans les limbes virtuelles de la TwittRéalité

Au petit matin, alors que coule encore le café, j’allume mon ordi et vos gazouillis m’accueillent. Je dis “Bonjour Twitterland” et je commence à tweeter ma revue de presse, mes liens, à savoir de quoi sera faite ma journée de journaliste. Mais le plus important, le plus rassurant peut-être, c’est que vous êtes tous là. Comme tous les matins. Vous les veilleurs infatigables et compulsifs comme @GillesKlein ou@florencedesruol. Vous les confrères et amis @ZaraA@Zetwitte ,@Capucine_Cousin et tant d’autres. Vous les Aliens de la Soucoupe Owni :@nicolasvoisin@sabineblanc @LeGuillaume et tout l’équipage. Vous les jeunes journalistes-brandeurs @StevenJambot @Cecile_Jandau @JeremyJoly et bien d’autres qui êtes un peu l’avenir du métier ;-) Vous les LOLeurs comme @vincentgladqui êtes moins trash et bien moins cyniques que ce votre “TL” pourrait laisser penser. Le soir aussi, il y a les oiseaux de nuit comme @Menilmuche , @Donjipez, la belle patrouilleuse du Web belgo-londonienne @IsabelleOtto ou la divine et si littéraire@OhOceane.

La répliquante Pris dans "Blade Runner

J’en oublie beaucoup, il y en a tant d’autres gens étonnants, intéressants, passionnants à citer quand on suit près de 500 personnes sur Twitter. J‘aime lire dans vos pensées en 140 signes, j’aime vos mots à tous, ces fragments d’expérience et d’humanité, ils m’accompagnent le jour et la nuit…mais ils m’éloignent aussi de la vraie vie. Même si l’on se rencontre parfois IRL. Et que l’on fait de vraies rencontres professionnelles et humaines. Alors régulièrement, j’essaie de décrocher…sans grand succès ;-) “Twitter c’est comme du crack, cela m’effraie” a écrit un blogueur du “New York Times”. C’est la vérité. Vous les Twitteraddict vous l’avez tous essayé et adopté cette dope de la connexion permanente real time…Et après tout pourquoi résister à cette formidable expérience virtuelle ?

C’est fascinant de construire une autre réalité, un monde parallèle paradoxalement en prise avec le réel, du haut duquel nous observons l’actualité en marche, la petite histoire et la grande en train de se faire. Voilà d’ailleurs ce que me faisais remarquer @choregie7 l’autre jour sur Twitter  : “Mais c’est pour ça que j’écris sous pseudo , lui est réel, moi non ! Ce que je dis ici est donc la réalité”.

Où est la vraie vie ? Irréelle et IRL…Les deux réalités se confondent et s’imbriquent de plus en plus inextricablement. Peut-être sommes nous des transhumains, en train de fusionner avec le réseau grâce nos pseudopodes numériques – smartphones, tablettes et autres laptop – qui deviennent comme des prolongements de nous mêmes…Philip K. Dick l’avait prédit il y a plus de 40 ans. Un autre voyant extra-ludice, Michel Houellebecq dont je lis en ce moment “La Carte et le Territoire”, le constate cliniquement et sans affect aujourd’hui :

Alors que les espèces animales les plus insignifiantes mettent des milliers, parfois des millions d’années à disparaitre les produits manufacturés sont rayés du globe en quelques jours. Nous aussi nous serons frappés d’obsolescence

Peut-être sommes nous tout simplement en train de muter, d’évoluer pour accompagner la grande révolution numérique. Pour ne pas être frappés d’obsolescence. Pour survivre. Sans devenir des machines, ni renoncer pour autant à notre Humanité. De la même manière que Roy, le répliquant Nexus de “Blade Runner” cherchait désespérément à devenir humain, nous essayons d’établir sur Twitter et ailleurs une connexion intuitive neuronale et quasi-biologique avec Internet. Cet organisme vivant qu’est en train de devenir le World Wide Web, transformant le monde en un village global digital, l’irriguant d’une multitude de données numérisées comme un coeur pulsant un fluide vital à travers un immense réseau sanguin fait de cuivre et de fibre optique… (cherchez l’auto-plagiat)

Pour finir ce billet un peu halluciné, je ne résiste pas au plaisir de vous offrir la scène finale de “Blade Runner”. Roy, le répliquant qui voulait être un homme:“J’ai vu tant de choses que vous humains ne pourriez pas croire, de grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion…”

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Article initialement publié sur le blog de JC Féraud: “Sur mon Ecran radar”

Crédit Photo: CC FlickR par Fenchurch!

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Like, cookies et autre AddThis http://owni.fr/2010/06/11/like-cookies-et-autre-addthis/ http://owni.fr/2010/06/11/like-cookies-et-autre-addthis/#comments Fri, 11 Jun 2010 14:07:09 +0000 Emgenius http://owni.fr/?p=18280 Précision : nous likons Écrans, la reprise de cet article n’a pas pour but de trasher notre coopétiteur mais néanmoins friend. Non, nous publions ce post d’Emgenius car il renvoie à un débat récurrent en ce moment, l’omniprésence de Facebook et l’utilisation que le réseau social fait de nos données, discussion qui ne devrait pas s’éteindre demain. Rue89 s’est aussi posé la question. De notre côté, nous avons choisi de l’intégrer car il est utilisé, nous sommes dans les usages. Après, nous n’en raffolons pas non plus /-)

Et puis, oui, soyons honnête, on le publie aussi parce qu’on aime bien Emgenius, ses billets-fleuves qu’on met trois plombes à éditer mais qui dépotent, même un lendemain #gueuledebois. Parce qu’il a l’élégance de reconnaître ses erreurs, avec humour, et tant pis s’il doit sacrifier des poils pour cela. Et c’est aussi un des premiers à être monté à bord de la soucoupe, en créant son blog, alors qu’on comptait les Like sur les doigts de la main. Emgenius <3

Le Lol du matin pas chagrin

Au rayon des #lol du jour j’aurais pu pointer la joute verbale entre twitterers pro et twittos anti Mediapart qui a eu la mauvaise idée (voilà j’ai pris position) de publier un lien qui assimile le #lol hashtag #vraimentPD à une ènième provocation homophobique avec force arguments.

Je ne trouve pas très fin dans un monde où rares sont les élus de la nation à réellement cerner les enjeux du Net ainsi que ses mécanismes, quand on est un Media(part) reconnu – pure player de surcroît – , de se mettre à hurler avec la meute des Masson, Finkielkraut et consorts. Le tout sur des sujets qui ne sont en soi que des épiphénomènes du ouèbe, et que les pourfendeurs de tout crin agitent ensuite en méconnaissance de cause. Mais une fois de plus… même Mediapart a droit à sa liberté d’expression.

Non mon #lol du jour vient de chez Écrans et relayé par le chef en chef de l’édition numérique de Libé. Et mes propos n’engagent que le blogueur que je suis. « Nous ne mettrons pas le like button qui pue du cul », oui oui j’ai #lolé comme un fou. N’en déplaise à la fondation antilol récemment créée.

Ma petite voix douchebag

Je vous invite à lire l’article mais en voici le résumé parce qu’il n’est pas dépourvu de logique. En gros, pour Écrans représenté par Erwan Cario, intégrer le Like button et son implicite connexion toujours active au site Facebook, ce serait comme faire de Libé une des briques, un des étages de Facebook ce média global bien connu. Et à Écrans on pense qu’il faut que l’utilisateur passe par une phase « externe » où il donne son blanc seing à Facebook s’il veut. Parce que Écrans n’est pas Facebook. Na !

La théorie m’a d’abord fait réfléchir… « Aaaah ouaiiiiis que je me suis dit, z’ont pas tort… » (ouais je parle comme un douchebag dans mon fort intérieur). Pas de Like button parce que Facebook n’est pas Écrans et qu’avec le like tu sors pas d’Écrans pour aller sur FB ah ouais. Ok pas con… En regardant mieux la page d’Écrans je me suis mis à rire.

À rire parce que bon quand même sur la page d’Écrans on garde le share button (“Add to Facebook”, Google, Buzz…) Parce que bon quand même on n’est pas fous non plus (et je les comprends forcément, mon métier est soumis aux mêmes contraintes), on est un média comme les autres, soumis comme les autres à la dictature de l’audience et aux pay per view et per click des annonceurs.

Donc ouuuuuuuh Facebook c’est le mal mais quand même pas le mal au point de décider de s’abstraire complètement de son aura et de son potentiel sur les clics et la notoriété, ainsi que le pagerank ou le trustrank Google. Ce serait suicidaire. Et je ne le risquerais pas moi-même.

Écrans s’offusque et Mark palpe

J’aime bien @AlexHervaud et son red chef Erwan Cario mais quand même l’article d’Écrans impose de relativiser… Le discours de vierge effarouchée. Là je serais dans un clip de 10minutesaperdre, je dirais #MOSB non ? (mais on s’en branle quoi). Parce qu’en gardant le bouton share mais supprimant le bouton like, Écrans prête quand même le flanc à la critique des esprits chagrins dont je ne fais pas partie, qui pourraient dire que le titre s’est juste donné bonne conscience…

Oui parce qu’en fait que je vous explique (et les internautes le savent assez largement) : quand on se connecte à son compte Facebook le matin pour voir le dernier groupe farfelu ou les photos de la soirée de poche d’hier… ben on file tout un tas de données à Mark Zuckerberg. On le sait. On l’accepte. Puis si on ne ferme pas son navigateur, et si on ne fait pas les réglages de vie privée du navigateur sur les cookies ben Mark Zuckerberg, qui est un malin, il sait exactement ce que tu fais du reste de ta journée, parce qu’il a mis son petit cookie dans ton c… navigateur.

“OK Zuckie, suce-moi le true blood” !

Et donc ben quand tu te connecte à Écrans. Potentiellement il le sait grâce à son cookie du matin. Mais comme tu sais que ta petite vie est insignifiante… Tu t’en branles. Puis plus tard sur le site d’Ecrans tu appuies sur le share (parce que tu n’a s plus le like que les amis d’écrans ils on retiré. Ça appelle une popup déjà tout bien paramétrée avec ton compte dedans (ben oui toujours le cookie) et tu dis à Zuckerberg OK Zuckie suce moi le true blood et va dire au monde entier que j’adore l’article d’Hervaud.

Heu mais en fait… Euh ben c’est exactement la même chose ou presque que le Like button d’hier, mais avec une action casse-burnes par pop-up en plus.

Et vous en faites pas les gars, les infos qu’on file à Mark sont les mêmes dans l’un et l’autre cas. Ce qu’il a pas dans le script du Like, il peut le récupérer par son cookie ou en tout cas pourrait.

Et puis le AddThis button du dessus, qui reste bien sur la page ben c’est aussi un script qui indique à l’éditeur de AddThis quand ta page est ouverte. Donc ben tu files aussi à AddThis des infos ET à Facebook aussi par le cookie sans doute et par la share page du pop-up aussi certainement.

Bon donc euh… On peut faire le beau gosse avec notre visite du site Écrans sans Like parce que merde Facebook quoi… nous utilisateurs venons tout de même de contribuer à la fortune personnelle de Mark Zuckerberg. Il nous remercie, il va bien. Malheureusement ce n’est pas la petite tentative de Écrans dans le retrait du Like button qui y change grand-chose.

Surtout quand le share button reste au dessus J’aurais bien aimé moi que ça serve à quelque chose ce coup de gueule en home. Mais… non. Dommage. Essayons encore.

Pour un retrait définitif de la tyrannie des géants de la Silicon Valley

Vivement le retrait définitif de toute option de partage de l’hyperlien sur aucun des réseaux sociaux chez Écrans. Là les gars, je mettrais genou en terre et réclamerait aux suzerains numériques de pouvoir ne fût-ce que porter le bouclier de mes idoles.

Des trucs radicaux.

Une semaine du sans cookie sponsorisée par @AlexHervaud, un clean my CPU from adwares and spywares day etc, ok. Une « je me fous de filer mes putains de liens à mes connards d’amis sur Facebook » week. Là ouais je vous rejoins direct. Tant cette pression constante des géants de la Silicon Valley me semble imbattable et que j’aimerais que des fois on leur fasse la nique.

Le coup de gueule d’Erwan Cario malheureusement… À part me faire bien rire, il me semble un peu vain. Bien essayé mais non. (Désolé hein rien de personnel). Et je ne critique pas la course à l’audience, loin de là. Elle est reine dans notre monde numérique, paie bien souvent les factures ou nourrit des subventions. Mais bon à part pour le vernis de rébellion ça ne change pas grand-chose. J’enrage, mais je m’y suis habitué.

Alors voilà ce que je propose comme solution :

On va le remettre discrètement sur Écrans le bouton Like OK ? Je regarde si quelqu’un passe pendant qu’on accomplit notre méfait. Non non ne vous inquiétez pas j’ai un plan sans accroc. Regardez. Je vous propose un pitch nickel pour expliquer le retour du Like après son départ.

« Nous on ne se soumet pas à la dictature de Facebook. Et on n’a pas du tout envie de devoir demander la permission à Facebook de bien vouloir avoir la gentillesse d’accepter le lien qu’on est en train de lui donner en appuyant sur le share. Fuck Facebook quoi. S’ils veulent un contenu ils n’ont qu’à venir le chercher direct sur notre page.

Pourquoi est-ce que moi éditeur je devrais prouver que je tiens tellement à Facebook que je devrais intégrer un outil même pas fabriqué par Facebook pour permettre à mon lecteur d’aller gentiment et grégairement poster le contenu de Mon site sur le profil de Facebook ? Merde quoi.

S’ils veulent mon contenu ils n’ont qu’à me fournir un outil intégrable, discret et qui fasse l’effort de s’intégrer chez moi au lieu d’avoir à m’abaisser à bien vouloir leur demander la permission d’entrer. Puis tant qu’on y est ils ont qu’à se mettre à nos pieds, Facebook… et se faire tout petit en bas de notre page. Ça leur fera les pieds. Ne plus être le colporteur qui quémande à Facebook de bien vouloir le laisser entrer, mais imposer à Facebook de devenir notre majordome. »

Ok c’est bon ça le fait à peu près, ça tient.

Vous me mettez un vernis jeune et branché comme d’habitude, et on peut justifier le retour du Like button et les pages vues additionnelles sans que ça semble un retour penaud parce qu’on s’est trompés.

Ou alors… On entame une vraie révolution et on dit fuck à la tyrannie de la page vue. Ouais je sais moi aussi je dis ça, mais j’y crois pas.

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La réponse de Erwan Cario

(as seen in ze commentaires)

Eh ben ! Un article trois fois plus long que celui d’origine pour remettre en cause la sincérité d’une décision, le tout basé sur une assertion complètement erronée… Pas mal.

En fait, je crois qu’il faut que vous révisiez un peu le manuel “les cookies pour les nuls” avant de vous lancer dans des grandes analyses de ce genre. Parce qu’affirmer que si on laisse un onglet ouvert sur Facebook, ce dernier saura tout de notre navigation par ailleurs, c’est tout simplement faux.

Allez, je suis sympa, je vais expliquer un peu. Le “J’aime” de Facebook est un iframe, c’est-à-dire que pour afficher le petit bouton (qu’on ait cliqué dessus ou non), on va chercher les infos chez Facebook. Et les serveurs de FB utilisent à ce moment-là le cookie de connexion pour savoir quoi afficher (“untel, untel et 343 personnes ont aimé”). Donc, à chaque fois qu’un internaute connecté à FB (qu’il ait un onglet ouvert ou non) passe sur une page avec un “J’aime”, FB le sait et stocke (sans doute) l’info.

Le bouton “Share” qui est toujours sur Écrans, par contre, est simplement un lien hypertexte (a href, tout ça). Il faut cliquer pour aller sur Facebook et partager. C’est une décision volontaire et éclairée de l’utilisateur. Une fois qu’il a cliqué, oui, FB sait où il était. S’il ne clique pas, malgré tout ce que vous croyez savoir, FB n’a strictement aucune info.

Par ailleurs, nous n’utilisons pas AddThis, mais c’est une erreur mineure par rapport aux autres !

Donc, il y avait sans doute moyen de nous faire de jolis procès d’intention (nous ne sommes pas irréprochables), mais il vaut mieux se baser sur la réalité et non sur d’extravagants fantasmes.

PS : Et, aussi, cette décision n’est pas, je croyais l’avoir écrit pourtant, un acte de “rébellion” par rapport à FB. On peut être responsable sans être haineux. Faut pas jeter le bébé…

Ma réponse à la réponse…

Ouais je sais on devient ésotérique

Pan, dedans mes dents.

Tout d’abord merci à toi Erwan d’avoir pris le temps de me répondre sur un rebond de ce que tu signalais toi-même n’être qu’un petit article sur Écrans. Merci aussi d’avoir utilisé un ton sans ménagement, qui est d’ailleurs celui que je pratique régulièrement.

Ok donc mea culpa sur deux points de ma LOL démonstration.

1) Méconnaissance des cookies.

Diabolisés aux prémices d’internet, je me souviens que les geeks d’avant (les nerds de maintenant) me disaient « gaffe on sait jamais quelles infos ils collectent. Si ça se trouve il n’y a pas que la persistance des sessions pour faciliter les mots de passe et connaître ton surf avec pertinence ». Il n’en fallait pas plus pour que mon esprit retors en fasse une quasi phobie et que mes mains entament une chasse systématique du petit fichier laissé dans les dossiers idoines ou les fichiers temporaires de mon navigateur. Oui je dois acheter les cookies pour les nuls et ne pas me tromper avec une recette de Lignac.

2) Add this chez Écrans n’est pas AddThis.

Alors là je dis chapeau. Sérieux. Bravo le développeur qui pousse son art jusqu’à développer le bouton qui est chez bien des autres un petit java script façon AddThis, ShareThis ou Wikio. Autant de scripts qui ont potentiellement la même latitude que le Like button de Facebook quant à la collecte de données de surf. Chapeau parce que je connais peu de devs qui ont la patience de se passer des facilités et mises à jour des services liés offerts par ces sociétés.

Or donc voilà officiellement j’admets m’être trompé et ne pas avoir assez vérifié ces deux points. Tu me diras : « essentiels un peu genre, ces deux points non ? » Je te répondrai oui. Et en signe d’admission de mon erreur, je me rase la tête (cf. photo jointe) sur le champ.

À noter cependant. Je ne fais pas le procès d’Écrans. Spirituellement et philosophiquement disons que je me sens plus proche d’Écrans que de LCI pour prendre une comparaison médiatique bidon. Mon théorème #LOL qu’effectivement tu soulignes être plus long que l’entrefilet qui l’a motivé tendait seulement à montrer que quelle que soit la philosophie ou notre volonté à nous départir du dictat des startups de la Silicon Valley et assimilées, arrive toujours un moment où on bute contre leur volonté sous peine d’amoindrir les fonctionnalités du site ou sa rentabilité. Mes exemples étaient incorrects, je l’admets. Mais je ne dis pas mon dernier mot dans ma démonstration. (juste parce que j’essaie de prouver mon théorème hein)

Par ailleurs, je trouve ton explication de texte sur les cookies et le lien href très intéressants, vulgarisateurs quoique techniques et je trouve qu’ils auraient eu tout à fait leur place dans l’entrefilet « le Like pue du fion » pour aller au-delà de la seule exposition de faits philosophiques. Bref ce n’est que mon avis.

Reste que ma tête rasée de con continue à scruter le phénomène de dépendance par rapport aux outils de la Silicon Valley (ou assimilés) et non un procès d’Écrans par un troll… et que ton explication y porte un éclairage très intéressant. Du coup me vient une question.

Si Facebook changeait son modèle économique ? Et si, le Like devenant un pipeline pour le rapport de tendances par internaute, ils se mettaient à adopter un modèle à la Google ? À la Adsense à l’envers ? L’auriez-vous aussi facilement enlevé ? Si chaque « Like » d’article rapportait une part infime du bénéfice généré par Facebook en calibrage de l’audience…

Je dis ça parce que je me rends compte que le web de 2010 est en train de concentrer les bénéfices autour de certains géants sans qu’une rétribution valable soit mise en place en contrepartie à ceux qui les font vivre. Quand Steve Jobs se prend 30% sur chaque vente d’application, s’arroge le droit de décider qui peut ou ne peut pas créer un type de contenu, refuse l’accès à certaines technologies, quand Mark Zuckerberg (on va finir par croire que je ne l’aime pas) capitalise sur des données personnelles que nous lui remontons tous avec légèreté, je trouve toujours dommage que ceux qui créent la valeur ajoutée, le contenu, ne soient pas mieux valorisés. Et c’est aussi pour cette raison que la profession de foi d’Écrans la semaine dernière m’avait vraiment touché.

Reste que ma démonstration tient toujours (enfin jusqu’à ta prochaine réponse assassine). Enlevons le report au cookie, supprimons le AddThis qui n’en est pas un… Ajoutons la question de la rémunération des usages à la « Like » évoqués ci-dessus… Et nous pouvons parler de SMART AdServer.

Écrans, comme à peu près tous les sites médias que je connais, monétise des espaces publicitaires, appel d’air salutaire ou non, poire pour la soif ou non des sites médias. Je crois savoir, que même si elles passent par le filtre d’une régie publicitaire tierce (ici je crois SMART AdServer, solution du groupe derrière AuFeminin.com non ?), souvent sont positionnées des Google Ads quand la régie est en manque d’inventaire. Les espaces pub sont un script .asp fourni par SMART AdServer, englobant parfois des ads via la solution doubleclick de Google qui récupère une série d’infos qui permettent à SMART AdServer et aussi au géant de Mountain View « potentiellement » de croiser les données utilisateur (si je suis connecté conjointement à mon Gmail ou iGoogle, ou Gears, ou Latitude, ou mobile…. et que je visite Écrans). Ceci d’ailleurs dans le but de fournir des publicités qui soient en rapport avec les métadonnées de la page et mes affinités sectorielles. C’est normal. C’est la promesse de SMART AdServer et a fortiori de Google… et c’est de cette manière que Sergueï Brin rassure ses actionnaires et peut redistribuer les pouillèmes liés au clic sur une publicité dans un site. Les Google Ads (au moins jusqu’à ta prochaine démonstration ;-) sont donc un script. Et comme le script Like de Facebook, remontent une série d’informations sur la session et pourraient potentiellement en remonter d’autres (en recoupant visite et adresse IP, IP et localisation de l’utilisateur, affichage de la publicité et données du compte perso de Google etc.) le tout sans que l’utilisateur se rappelle avoir donné son accord.

Donc comme ma tentative avec AddThis ou le cookie de notre premier échange, il me semble qu’il subsiste sur la page Écrans des portes d’entrée à la récupération d’information liées au surf de l’utilisateur sur les pages. Loin de moi l’idée de diaboliser Écrans pour cette pratique. Elle est des plus banales dans le monde du web, toute tendance ou affinités philosophiques confondues. Juste perpétuer ici ma tentative de montrer que, du coup, mettre en avant le retrait d’un des éléments de ce système complexe faisant la part belle à la Silicon Valley tient plus de la profession de fois philosophique honorable et trendy (tu sens la bâche là ? ;-) que du réalisme effectif qui peut récupérer des infos par ailleurs…

Mais je sais déjà que je vais me faire envoyer acheter Google Ads pour les nuls ;-).

La réponse de ma réponse à ma réponse à l’article de Ecrans… Ouaw je vais encore me faire chambrer par OWNI… [NDLR: mais non, mais non... on te fait des déclarations d'amour :]

Ben voilà, quand je disais que nous ne sommes pas irréprochables, je parlais effectivement des autres “portes d’entrée” qui existe sur Ecrans.fr. Bon, je n’allais pas te mâcher le travail en disant lesquelles, non plus ! Effectivement, les systèmes publicitaires imposent un accès automatique à des serveurs externes. J’estime cependant dans ce cas précis ne pas avoir le choix. On peut aussi ajouter les système de stats Analytics de Google que nous utilisons aussi.

Mais je trouve qu’il y a quand même des différences significatives. La plus notable étant qu’il n’y a pas cette impression très désagréable de servitude volontaire par rapport à Facebook (l’aspect succursale dont j’ai parlé dans l’article). Quand même, ce n’est pas anodin ! Grâce à sa puissance, FB a réussi à convaincre des milliers (millions) de sites qu’il était intéressant pour eux que leurs articles ressemblent à un simple statut. Car, même si je dramatise un peu, je crois que les internautes vont finir par avoir l’impression que FB est Internet et vice-versa.

Par ailleurs, Google et SmartAdServer récupèrent effectivement des infos, mais pas des infos nominatives. FB va beaucoup beaucoup plus loin que tous les autres. C’est-à-dire qu’il sait précisément *qui* surfe sur quel site et quand. Ca ne fait pas forcément de ce site le diable absolu, mais voilà, sur ce coup, on a *vraiment* le choix. Surtout en tant qu’éditeur de site.

Et, je me répète, non, ce n’est pas une posture de “chevalier blanc” de notre part. La remarque qui m’a le plus troublé est celle de Rue89 (bon, je n’ai pas répondu chez eux, je réponds ici, c’est vraiment le bordel) : En supprimant le “Like”, on supprime une fonctionnalité que les internautes plébiscitent parce qu’ils étaient souvent plus de 400 à cliquer. Je trouve que c’est reporter sur les lecteurs ce qui relève de sa responsabilité d’éditeur. Quand on installe le Like, on sait comment ça marche, quelles infos peuvent être récupérées et comment (et si on ne le sait pas, c’est dramatique). Le lecteur ne le sait pas forcément. D’ailleurs, ça m’a fait marré, dans les commentaires du papier de Rue89, un internautes se demande si FB sait quand il surfe sur un site porno si le site en question à installer le “Like”. Ben oui, camarade, il le sait. Et un jour, il risque de s’en servir (mais pour le bien de l’humanité, forcément).

Bon, j’ai fait long aussi, moi… Pour finir, si le Like avait rapporté du pognon, l’aurait-on enlevé ? Hum… Je ne crois pas. Pour la simple et bonne raison que je n’aurais sans doute pas été décisionnaire sur le coup. Il est probable que j’aurais vite été limité dans mon champ d’action par mon statut de simple salarié au sein de Libération ! :-)

J’ai envie de répondre CQFD. Mon interprétation était donc correcte mais je comprends aussi beaucoup mieux comment et pourquoi le Like lui a disparu. Merci Erwan pour la franchise et au plaisir d’une mousse un de ces jours.

Billet originellement publié sur le blog d’Emgenius Owni News, sous le titre “La blague du jeudi par Ecrans.fr“.

Crédits Photo CC Flickr : Jnxyz, Inarges, Inoxkrow, Vidiot, Carowallis1.

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http://owni.fr/2010/06/11/like-cookies-et-autre-addthis/feed/ 4
Mon stagiaire est un mutant, je l’ai trouvé sur Twitter http://owni.fr/2010/03/31/mon-stagiaire-est-un-mutant-je-lai-trouve-sur-twitter/ http://owni.fr/2010/03/31/mon-stagiaire-est-un-mutant-je-lai-trouve-sur-twitter/#comments Wed, 31 Mar 2010 17:27:10 +0000 JCFeraud http://owni.fr/?p=11269 J’ai fait la connaissance de Christophe il y a quelques mois en m’abonnant à son compte Twitter : @FoireauxLiens. J’avais repéré ses tweets d’actu qui tombaient chaque jour avec la régularité maniaque d’un fil d’agence en faisant ma petite revue de presse matinale sur ce fameux site de micro-blogging où l’on poste des messages en 140 signes en y associant des liens internet.

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Twitter est devenu un outil de veille indispensable à mon métier de journaliste… voire une drogue dure, je vous en ai déjà parlé. Alerté à deux ou trois reprises sur des “hot news” techno (la sortie imminente du GooglePhone par exemple) grâce au fil de Christophe, je me suis dis ce gars-là est un crack, une vraie moissonneuse à liens intéressants, une agence de presse à lui tout seul ! Sûrement l’un de ces jeunes journalistes web aux dents longues qui sont en train de nous pousser, moi et mes copains quadras, vers le cimetière des éléphants de l’ère Gutenberg…

Je ne l’avais jamais rencontré “IRL” (In Real Life), juste quelques clins d’œil échangés sur Twitter. Et voilà qu’un beau jour je reçois un “DM”, un direct message de Christophe me demandant poliment si d’aventure il pourrait faire un stage dans mon service aux “Échos”.

Ah bon OK me dis-je, ce gars doit être étudiant en école de journalisme. Je lui demande son CV, références, stages déjà effectués blablabla… Un blanc au bout du fil… “Heu je suis en 3ème, mais je veux devenir journaliste…”, me répond-il. Christophe a 15 ans, il vit en banlieue parisienne. Je manque de tomber de ma chaise, me ressaisis et lui dis “OK coco tu as le job”… à savoir une semaine de stage conventionné. Certes, c’est la crise de la presse, on n’arrête pas le progrès, mais chez nous on ne fait pas encore dans le mineur de 15 ans menotté à son clavier pour pisser de la copie sur tous les supports… Mais bon, tant qu’à faire, puisque je l’ai sous la main cette semaine, autant l’exploiter un peu sur mon blog !

Christophe n’est-il pas l’un de ces jeunes mutants numériques qui n’ont plus assez d’yeux pour zapper sur la multitude d’écrans de notre merveilleuse société de consommation high-tech ? Intéressant sujet d’expérience : soumettons-le à la question pour savoir comment, lui et les djeun’s en général, consomment les médias.

L’exercice est très à la mode depuis que la banque Morgan Stanley a demandé l’été dernier au jeune Matthew, 15 ans, de se livrer à cet exercice pour tenter d’y voir plus clair sur la manière dont les vieux médias, totalement largué par la révolution Internet, peuvent survivre au Big Bang numérique… J’ai d’ailleurs piqué l’idée à ma consœur Marie-Catherine Beuth qui a déjà soumis son stagiaire au questionnaire de Morgan Stanley sur son blog Etreintes Digitales.

Mais assez bavardé, voilà donc l’Oracle de Christophe, 15 ans, “digital native” de son état :

Internet est le premier média… “Les jeunes de ma « génération », celle de 1992 -1994 , sont nés avec Internet. Mais nous n’utilisons pas tous Internet de la même manière. Pour moi qui suis passionné par l’informatique et le journalisme, Internet est le premier média. Pour d’autres, c’est la télévision. Ou encore les jeux vidéos. J’utilise beaucoup Twitter car je trouve que c’est un « outil » énormément utile. Et pour énormément de choses. Twitter m’a permis d’approcher l’actualité d’une manière inédite. De parler avec des gens qui ont les mêmes centres d’intérêt que moi. Bref, de faire des choses que je n’aurais pas pu faire facilement à mon âge… Comme s’improviser journaliste par exemple. Internet me permet, rapidement et gratuitement, d’accéder aux nouvelles, dans le monde entier. Si quelque chose m’intéresse particulièrement, je peux trouver toutes les infos sans aucun problème. Ce qui n’est pas possible sur les autres médias”.


90 % de mon temps sur Twitter : “Twitter m’a même permis de trouver un stage aux Échos. C’est bien utile. Pour partager, discuter, rencontrer. Ça reste mon premier outil sur Internet. J’y suis quasiment 90% de mon « temps Internet », voir plus. « Temps Internet » qui est de l’ordre de deux à trois heures par jour pour les jeunes en général… et jusqu’à cinq à six pour les plus connectés, comme moi par exemple.”


Facebook m’inquiète
“Facebook est beaucoup plus utilisé que Twitter par les jeunes. « T’as Facebook ? », un peu marre d’entendre ça. « T’as pas Facebook ? », ça aussi. Certains passent 80 % de leur temps Internet sur Facebook et pensent que je n’ai pas envie de partager mon profil avec eux. Mais en voyant moi ce qu’ils partagent sans se soucier une seconde de leur vie privée, je trouve cela vraiment inquiétant. Donc j’évite, et j’ai lâché cette connerie depuis quelques mois”.

MSN pour rester en contact
“En revanche je laisse ma messagerie MSN connectée en permanence pour rester en contact avec quelques amis s’ils ont besoin de me joindre. Quand aux mails, les jeunes ne s’en servent pas, ils préfèrent la messagerie instantanée ou les SMS. Moi je trouve cela bien utile quand même car je peux archiver ce que je reçois et m’en resservir”.

Je regarde peu la télévision…
“Franchement, la télé ça ne m’intéresse pas beaucoup. Je préfère aller sur Internet. Si j’ai envie de voir une vidéo, je vais sur YouTube. Si un sujet d’actualité m’intéresse, il y a bien plus de chose sur YouTube qu’à la télévision : des images venues du monde entier et aussi des images tournées par des gens ordinaires qui ne sont pas forcément des journalistes. Je ne m’intéresse presque pas aux films, je préfère les documentaires qui parlent de la vie réelle et savoir ce qui se passe dans le monde. Du coup, je n’utilise pas les sites pour télécharger des films ou des séries. Mais d’autres le font beaucoup, c’est bien connu. ;-)”


Les jeunes n’achètent pas de journaux :”Ici aux Échos, j’entends parler d’inquiétudes pour l’avenir des journaux papier avec Internet. Je n’étais pas vraiment au courant de tout cela. Mais c’est vrai les jeunes n’achètent pas de journaux car cela coûte cher et c’est moins pratique. Pour s’informer, ils vont sur Internet parce que c’est gratuit, facile, mais ils sont un peu agacés quand il y a trop de publicités comme par exemple sur 20minutes.fr. Moi j’achète de temps en temps des journaux comme Le Monde ou Le Figaro. Dans la presse papier, la qualité des articles est nettement meilleure que sur le web en général. Et il y a plus d’informations, d’analyses, de contexte. Beaucoup moins de copies de dépêches d’agences de presse. Le problème c’est que pour s’abonner, il faut passer par un adulte… C’est assez bloquant. Pour que les jeunes s’intéressent aux journaux, il ne faut pas forcément inventer des journaux interactifs sur Internet mais plutôt leur faire des offres spéciales ou leur faire découvrir la presse de l’intérieur. Ce qui serait sympa ça serait de voir un peu plus comment ça marche dans les rédactions, ce genres de trucs, mais malheureusement ce secteur-là est très fermé, surtout quand on habite en banlieue…”.

Décryptage :

OK Christophe n’est pas représentatif de jeunes de son âge. Bien qu’il s’en défende, c’est un vrai “geek” qui préfère son écran d’ordinateur à la télévision au point d’y passer plusieurs heures par jour quand d’autres vont taper dans le ballon.

C’est un sur-consommateur d’Internet, l’un des rares ados que l’on croise sur Twitter (un média essentiellement utilisé par les journalistes, les technophiles et les blogueurs, sinon on en parlerait moins). C’est aussi un accro à l’info, un passionné d’actualité comme j’en ai rarement vu à son âge. Un futur journaliste peut-être, je lui souhaite s’il en a toujours envie dans dix ans (à condition que la profession n’ait pas été robotisée d’ici là ;-).

Mais aussi un lecteur de demain, puisqu’il l’est déjà. C’est justement ce qui est intéressant quand on réfléchit à l’avenir des journaux papier et des médias en général. Ce jeune mutant numérique n’a pas compris de quoi je voulais parler quand j’ai tenté de lui expliquer qu’au début de ma carrière on copiais/collais nos papiers avec des ciseaux et de la colle. Il m’a demandé “est-ce qu’on est obligé d’imprimer à chaque fois les articles ? Ça fait gaspiller du papier”. Mais il m’a aussi avoué qu’il avait commencé à s’intéresser aux journaux papier, jusqu’à les acheter, via leur site Internet. Une exception ? Sûrement.

Mais vous savez ce qu’il m’a dit ? “Vous et moi on n’est pas de la même génération, mais on n’est pas si «éloignés » finalement. Chacun de son côté essaye d’y voir un peu de l’autre côté. Moi, je suis séduis par la presse papier, voir fasciné. Vous, vous êtes devenus très fan de Twitter et des blogs…”.

Sortir du conflit de génération stérile entre vieux et nouveaux médias, amener les jeunes à s’intéresser à la presse via Internet, et faire en sorte que la presse s’intéresse un peu plus aux jeunes et à leurs nouveaux modes de consommation multi-écrans…

Pour les journaux, c’est sûrement l’une des clés pour survivre au grand Big Bang numérique. Bien avant l’éternel débat sur comment faire payer mes contenus sur Internet. Il faut toujours parler avec les djeun’s…

> Article initialement publié sur “Sur mon écran radar”

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http://owni.fr/2010/03/31/mon-stagiaire-est-un-mutant-je-lai-trouve-sur-twitter/feed/ 10
Internet, source de l’exploitation capitaliste ? http://owni.fr/2010/03/11/internet-source-de-lexploitation-capitaliste/ http://owni.fr/2010/03/11/internet-source-de-lexploitation-capitaliste/#comments Thu, 11 Mar 2010 08:55:12 +0000 Arno http://owni.fr/?p=9797 scarabe

La soucoupe accueille Arno, auteur du Scarabée, vieux de la vieille du web français (1996 !). Dans ce billet, il exprime son désaccord avec le théoricien des médias Matteo Pas­qui­nelli, qui a récemment expliqué sa thèse dans une interview d’Écrans intitulée « Nous n’exploitons pas le réseau, c’est le réseau qui nous exploite ».

Écrans, dans Libé­ration, a publié mer­credi une interview de Matteo Pas­qui­nelli, « théo­ricien des médias », titrée « Nous n’exploitons pas le réseau, c’est le réseau qui nous exploite ».

L’interview est censée illustrer un article de Marie Lechner, « Effet de serfs sur la Toile ». L’article pose la question :

Internet serait-​​il en train de devenir la matrice d’un nouveau système féodal, où une poignée de grands sei­gneurs exploitent des légions de serfs ? Et non cette société de pairs tant célébrée ?

L’argumentaire se contente de répéter un article de Pierre Lazuly publié en août 2006 par le Monde diplo­ma­tique : « Télé­travail à prix bradés sur Internet ». Mais là où l’ami Lazuly pré­sentait un phé­nomène alors peu connu et se contentait de conclu­sions sur ce phé­nomène spé­ci­fique, l’article d’Écrans extrapole sur la dénon­ciation d’un « mythe » de l’internet (« cette société de pairs tant célébrée » — mais qui a réel­lement célébré cela ?) en se basant non sur une démons­tration, mais sur des extraits d’une unique interview avec Matteo Pasquinelli.

Simi­lai­rement, l’économie du parasite imma­tériel n’est pas basée sur l’exploitation directe ou l’extorsion, mais sur la rente, estime le théo­ricien. La rente serait le nouveau modèle écono­mique dominant du capi­ta­lisme cog­nitif et d’Internet. Pour sché­ma­tiser, le profit est le revenu obtenu par la vente de biens ; la rente, le revenu fourni par l’exploitation mono­po­lis­tique d’espaces.

Or, cette « inno­vation » concep­tuelle n’a rien de nouveau, malgré l’omniprésence, paraît-​​il, des mythes égali­taires de l’internet. Mais qui sou­tenait ces mythes, sinon Libé­ration en 1999-​​2000 ? C’est exac­tement ce que nous disions, dans notre « tir de barrage » col­lectif (à l’époque : uZine, le Sca­rabée, les Chro­niques du menteur, l’Ornitho, Péri­phéries). Voir par exemple mon billet intitulé « Au secours, mon fils entre­pre­naute est en train de se noyer ! » (mai 2000) :

On trouve tou­jours autant d’articles dans la presse pour pré­senter ces concepts nova­teurs, révo­lu­tion­naires. Pourquoi ne pas dire tout sim­plement qu’on veut accé­lérer l’établissement du néo­libéralisme et mar­chan­diser ce bien public qu’est le savoir ? Pourquoi ne pas le dire sim­plement : nous allons pri­va­tiser et raréfier ce bien public, et établir des mono­poles de l’information ?

Tout le monde sait que le déve­lop­pement du réseau ne s’est pas fait de manière magique, indé­pen­dante du monde phy­sique. On sait depuis les années 1990 que la mas­si­fi­cation des accès est lar­gement liée à des intérêts de déve­lop­pement capitaliste.

Même parmi les grands anciens du Web français, il n’y a jamais eu de naïveté sur ce point. Ainsi Laurent Chemla publiait-​​il ses « Confes­sions d’un voleur » en 2002 :

Je suis un voleur. Je vends des noms de domaine. Je gagne beaucoup d’argent en vendant à un public qui n’y com­prend rien une simple mani­pu­lation infor­ma­tique qui consiste à ajouter une ligne dans une base de données. Et je vais gagner bien davantage encore quand, la pénurie arti­fi­cielle ayant atteint son but, le com­merce mondial décidera d’ouvrir quelques nou­veaux TLD qui atti­reront tous ceux qui ont raté le virage du .com et qui ne vou­dront pas rater le virage suivant.

On peut même penser que son aspect « liberté d’expression », désormais acces­sible à tous, se retrouve dans les besoins capi­ta­listes et néo­li­béraux : un déve­lop­pement capi­ta­liste de l’internet qui, pour une large part, récupère l’argument liber­taire de la pos­si­bilité d’expression publique indi­vi­duelle (tant qu’elle ne rentre pas en concur­rence avec ses intérêts), l’exploite à son profit et, même, en fait un argument mar­keting de son propre déve­lop­pement (ce qui, évidemment, permet ensuite la dénon­ciation des « libéraux-​​libertaires » sur la base de cette récupération).

L’article se termine ainsi sur une citation de l’interview :

« À l’époque féodale, c’était l’exploitation de terres cultivées par des paysans, à l’âge d’Internet, c’est l’exploitation d’espaces imma­té­riels cultivés par des pro­duc­teurs culturels, pro­sumers [consom­ma­teurs pro­duc­teurs, ndlr] et par­tisans de la “free culture”. »

Et voilà : l’amalgame entre une « free culture » et sa récu­pé­ration par le capi­ta­lisme permet de dénoncer l’ensemble : les liber­taires et autres par­tisans de l’accès des indi­vidus à l’expression publique ne seraient ainsi que des idiots utiles du capi­ta­lisme néo­li­béral, rebaptisé ici « néoféodalisme ».

Notons cette remarque per­ti­nente d’un par­ti­cipant du forum, Oliviou, qui anéantit en un para­graphe cette idée de « néo­féo­da­lisme » de l’internet :

La com­pa­raison avec le servage ne tient pas. Le serf est obligé de tra­vailler pour le sei­gneur pour avoir le droit d’habiter sur ses terres. L’internaute peut « habiter » internet comme il l’entend : y résider, y passer, trouver des infor­ma­tions, glander… Et c’est (la plupart du temps) gratuit, et on ne lui impose rien en échange (en dehors de payer un abon­nement, et encore…). C’est l’internaute qui décide de ce qu’il veut faire ou pas pour les « sei­gneurs », béné­vo­lement. C’est valable aussi bien pour les contenus moné­tisés dont vous parlez que pour wiki­pedia, par exemple.

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Photo A. Diez Herrero sur Flickr

Venons en à l’interview de Matteo Pasquinelli. Nous apprenons que :

Matteo Pas­qui­nelli est cher­cheur à la Queen Mary Uni­versity de Londres. Dans son livre Animals Spirits, le théo­ricien des médias iden­tifie les conflits sociaux et les modèles écono­miques à l’œuvre der­rière la rhé­to­rique de la culture libre.

La pré­sen­tation du livre sur le site de l’auteur devrait déjà inquiéter :

After a decade of digital feti­shism, the spectres of the financial and energy crisis have also affected new media culture and brought into question the autonomy of net­works. Yet activism and the art world still cele­brate Creative Commons and the ‘creative cities’ as the new ideals for the Internet gene­ration. Unmasking the animal spirits of the commons, Matteo Pas­qui­nelli iden­tifies the key social conflicts and business models at work behind the rhe­toric of Free Culture. The cor­porate parasite infil­trating file-​​sharing net­works, the hydra of gen­tri­fi­cation in ‘creative cities’ such as Berlin and the bice­phalous nature of the Internet with its por­no­graphic under­world are three untold dimen­sions of contem­porary ‘politics of the common’. Against the latent puri­tanism of authors like Bau­drillard and Zizek, constantly quoted by both artists and acti­vists, Animal Spirits draws a conceptual ‘book of beasts’. In a world system shaped by a tur­bulent stock market, Pas­qui­nelli unleashes a poli­ti­cally incorrect grammar for the coming gene­ration of the new commons.

Voilà donc un briseur de tabous (digital feti­shism) qui dénonce les Creative Commons, les « villes créa­tives » et la « Free Culture ». Excusez l’a priori, mais on a l’habitude aujourd’hui de se méfier de ces bri­seurs de tabous qui osent le « poli­ti­quement incorrect », de Domi­nique Wolton à Nicolas Sarkozy. Un dis­cours qui, sous des atours de dénon­ciation du néo­li­bé­ra­lisme (le titre Animal spirits renvoie à une expression forgée par Keynes en 1936), des com­mu­nau­ta­rismes, de l’exclusion, s’attaque en fait direc­tement à ceux qui tentent réel­lement des approches alter­na­tives au néolibéralisme.

L’interview commence par une question à la noix :

Dans votre livre, vous cri­tiquez le « digi­ta­lisme » contem­porain, soit la croyance selon laquelle Internet est un espace libre de toute forme d’exploitation, qui nous mènerait natu­rel­lement vers une société du don.

Quel est ce « digi­ta­lisme » contem­porain, qui le sou­tient, où peut-​​on lire ce genre de lubies ? On n’en saura rien. C’est le principe du brisage de tabou : le tabou n’a pas besoin d’exister, il suffit de le dénoncer.

Réponse peu intéressante, mais qui explique :

Si, dans les années 90, nous fai­sions le rêve poli­tique d’une auto­nomie du réseau, aujourd’hui, nous ne faisons que sur­vivre dans un paysage dominé par les monopoles.

« Sur­vivre dans un paysage dominé par les mono­poles », est-​​ce que cela prend par exemple en compte le fait que je puisse louer, auprès d’une petite entre­prise, immé­dia­tement et le plus sim­plement du monde, un serveur Web relié en per­ma­nence au réseau, tournant avec des logi­ciels libres, y ins­taller des outils de publi­cation en ligne tota­lement libres, et pouvoir toucher poten­tiel­lement des mil­lions de lec­teurs, cela pour le même prix qu’un abon­nement à une chaîne de télé­vision privée ? Alors qu’auparavant, pour le même prix, j’aurais pu imprimer environ 200 pho­to­copies A4 que j’aurais dû scotcher sur les murs (en espérant éviter une amende pour affi­chage sauvage).

Admettons cependant qu’avec mon serveur per­sonnel, ma page per­son­nelle, mes mil­liers de lec­teurs, etc., je sois comme un rat en train de sur­vivre au milieu de la Babylone capi­ta­liste du Web.

Quels sont les mono­poles sur le Web ? Quelle est leur via­bilité écono­mique ? Que rôle joue la concur­rence entre ces mono­poles ? Il est tou­jours facile d’extrapoler à partir du cas Google, en oubliant qu’il est le seul acteur de sa dimension sur l’internet, qu’il est aussi qua­siment le seul ren­table, et que par ailleurs une seule de ses acti­vités (la publicité en ligne) est ren­table (et finance toutes ses autre activités).

Depuis la fin des années 90 et la pre­mière vague de startups, l’économie capi­ta­liste de l’internet fonc­tionne sys­té­ma­ti­quement sur ce modèle : inves­tis­sement massif initial (capital-​​risque) pour tenter d’établir un monopole de fait sur un secteur du marché. C’est ce que je décrivais en février 2000 sous le titre « Les prin­cipes généraux d’une belle arnaque », et qui est désormais connu sous le nom « Modèle IPO » :

L’activité d’une start-​​up, autant du point de vue de l’entreprenaute que du capital-​​risqueur, est donc toute entière tournée vers la séduction des marchés finan­ciers : le but n’est pas la création de richesses et d’emplois, la ren­ta­bilité pro­ductive ni le progrès des com­pé­tences (laissons tout cela aux idéa­listes !), mais l’intoxication des inves­tis­seurs lors de l’introduction sur le marché. L’activité de l’entreprise (vendre des bidules, rerouter des emails, héberger des sites…) est donc secon­daire dans cette optique (et, de toute façon, peu ren­table) : ça n’est que l’alibi d’un men­songe spé­cu­latif plus vaste. Il ne s’agit pas, en quelques années, de réel­lement valoir quelque chose, mais de faire croire au marché que l’on vaut quelque chose.

Pour l’instant, la plupart des « mono­poles » de l’internet suivent tou­jours ce modèle de déve­lop­pement, sans réelle ren­ta­bilité, mais avec un déve­lop­pement ful­gurant à base d’ouvertures du capital. L’explosion de la pre­mière bulle internet nous a débar­rassé de la pre­mière vague de start-​​ups. On ne sait pas ce qui arrivera à la nou­velle vague, mais dénoncer les mono­poles d’aujourd’hui comme un fait écono­mique, poli­tique et social accompli immuable c’est, à nouveau, oublier les rela­tions capi­ta­listes qui régissent ces monopoles.

On bouffait déjà de la « des­truction créa­trice » en 2000, théorie qui date du siècle dernier (Joseph Schum­peter, 1942) : le déve­lop­pement capi­ta­liste des entre­prises vise à l’établissement de mono­poles tem­po­raires de fait, mono­poles qui seront inexo­ra­blement détruits et rem­placés par l’évolution tech­nique et capi­ta­liste. Il faut croire que, dix ans plus tard, par quelques chan­gement capi­ta­liste magique, on devrait être convaincus que des mono­poles sans ren­ta­bilité sont là pour toujours.

Question suivante :

Dans son livre la Richesse des réseaux, Yochai Benkler déclare que l’information n’est pas en concur­rence, et prédit un mode de pro­duction non com­pé­titif. Vous réfutez ce credo.

Là, je suis content de voir citer un livre publié en 2009 pour dénoncer une inno­vation concep­tuelle, la non-​​rivalité de l’information. C’est pourtant l’une des théories à la noix qu’on nous four­guait déjà lors de la pre­mière vague de déve­lop­pement de la nou­velle économie, et j’y consa­crais une longue partie de « Au secours, mon fils entre­pre­naute… » en 2000.

Le théo­ricien des médias dénonce donc ici un mythe déjà dénoncé il y a dix ans, et que la chute de la pre­mière bulle spé­cu­lative de l’internet a déjà, dans la pra­tique, mise à bas.

Mattheo Pasquinelli :

Regardez les tra­vailleurs cog­nitifs et les free­lances créatifs de la pré­tendue géné­ration laptop. Ont-​​ils l’air de ne pas être en concurrence ?

Mais quel rapport entre la non-​​rivalité de l’information et la non-​​concurrence entre ceux qui la pro­duisent ? Per­sonne n’a jamais confondu les deux (à part un pro­vi­dentiel livre de 2009 qui décou­vrirait une vieille lune et un « mode de pro­duction non com­pé­titif »), et même ceux qui théo­ri­saient la non-​​rivalité de l’information la liaient à la concur­rence des entre­prises qui la pro­duisent pour jus­tifier les inves­tis­sement capi­ta­lis­tiques des startups. L’idée (même fausse) étant qu’il fallait investir mas­si­vement, à perte pour une longue période, pour déve­lopper les mono­poles qui, ensuite, ven­draient ce produit dont la vente peut être répétée à l’infini (puisqu’on peut vendre exac­tement le même produit déma­té­rialisé plu­sieurs fois, alors qu’on ne peut vendre un disque phy­sique qu’à un seul client — il faut fabriquer un second disque phy­sique pour un second client).

De fait, la confusion entre la non-​​rivalité d’un bien et la non-​​concurrence des pro­duc­teurs n’a jamais existé, bien au contraire. C’est la concur­rence même des pro­duc­teurs d’un bien non-​​rival qui a jus­tifié les inves­tis­se­ments capi­ta­lis­tiques sur le Web depuis dix ans. C’est un « mythe » inexistant qui est ici dénoncé.

La question sui­vante entend dénoncer « l’exploitation para­si­taire de l’économie imma­té­rielle par l’économie maté­rielle ». Rien de nouveau, mais on note :

Prenons les réseaux peer to peer. Ils sabotent les revenus de l’industrie du disque mais, en même temps, ils établissent un nouveau com­merce, celui des lec­teurs mp3 et iPods.

Cette dénonciation des réseaux peer to peer revient dans le point suivant :

Un exemple basique : le numé­rique a changé le monde de la musique d’une manière néo­féodale. Les réseaux peer to peer ont affecté à la fois les grands noms de l’industrie musicale et l’underground. Le numé­rique a rendu la scène musicale plus com­pé­titive et pola­risée, seuls quelques noms peuvent sur­vivre dans un marché où les disques ne se vendent plus.

Si, évidemment, le progrès tech­nique influe sur l’économie de la musique, l’idée que ce sont les réseaux peer to peer qui « sabotent les revenus de l’industrie du disque » et pro­voquent son passage dans une structure « néo­féodale » est grotesque.

Seuls les tenants les plus obtus de Hadopi pensent cela et peinent à le démontrer. On a le droit de penser que la structure de l’industrie du disque était « féodale » bien avant l’arrivée du numé­rique (et que l’arrivée du numé­rique pourrait être une alter­native à la dépen­dance absolue des artistes face aux indus­triels), et que le numé­rique aug­mente la consom­mation mar­chande des biens culturels tout en ren­forçant la concur­rence entre ces biens (les dépenses consa­crées aux biens culturels aug­mentent lar­gement, mais le disque est concur­rencé par les autres dépenses dans les moyens de com­mu­ni­cation, les jeux vidéo, les abon­ne­ments à la télé­vision, les DVD, etc.).

Puis de dénoncer la gentrification des « villes créatives » :

Prenez les « villes créa­tives » et observez le pro­cessus de gen­tri­fi­cation. Le grand vain­queur de ce capital sym­bo­lique col­lectif produit par les mul­ti­tudes de créatifs branchés est le marché de l’immobilier.

Ou comment inverser tota­lement les causes et les effets (et on se demande quel est le rapport avec le déve­lop­pement de l’internet). La gen­tri­fi­cation des espaces urbains est ana­lysée, par exemple, dans cette étude. Certes, les acteurs peuvent (som­mai­rement) être qua­lifiés de « créatifs branchés » :

La gen­tri­fi­cation pari­sienne est donc prin­ci­pa­lement menée par des acteurs privés à travers la réha­bi­li­tation de l’habitat popu­laire (Clerval, 2008b). Ce sont notamment des artistes et des archi­tectes à la recherche de locaux pro­fes­sionnels qui inves­tissent les anciens espaces arti­sanaux et indus­triels de l’Est parisien dès la fin des années 1970, parfois dans le sillage du mou­vement des squats de cette décennie (Vivant et Charmes, 2008). Mais plus lar­gement, à la même époque, des ménages des classes moyennes – parmi les­quels les pro­fes­sions cultu­relles sont sur-​​représentées – acquièrent des loge­ments dans un quartier popu­laire et les réha­bi­litent (Bidou, 1984)

Mais les causes ne sont pas les « créatifs branchés » eux-​​mêmes, mais des fac­teurs struc­turels de l’emploi et du logement :

Comme ailleurs, la gen­tri­fi­cation des quar­tiers popu­laires pari­siens s’explique par plu­sieurs fac­teurs struc­turels dans le domaine de l’emploi ou du logement. Le plus évident est la baisse continue du nombre d’emplois d’ouvriers en Île-​​de-​​France et à Paris depuis les années 1960. Elle s’accompagne de la baisse du nombre d’emplois peu qua­lifiés du ter­tiaire (employés) à Paris depuis les années 1980, tandis que les emplois de cadres et de pro­fes­sions intel­lec­tuelles supé­rieures (CPIS) aug­mentent consi­dé­ra­blement dans la même période (Rhein, 2007 ; Clerval, 2008b). Cette trans­for­mation de la structure des emplois en Île-​​de-​​France s’explique elle-​​même par la recom­po­sition de la division inter­na­tionale du travail, accé­lérée par les poli­tiques macro-​​économiques néo-​​libérales depuis les années 1980 : la déré­gle­men­tation et l’intégration inter­na­tionale de l’économie favo­risent la mise en concur­rence de la main-d’œuvre ouvrière à l’échelle mon­diale et faci­litent la glo­ba­li­sation de la pro­duction indus­trielle, tandis que la métro­po­li­sation qui en découle entraîne la concen­tration des emplois qua­lifiés en Île-​​de-​​France. Cependant, la trans­for­mation de la structure des emplois ne suffit pas à expliquer la sélection sociale crois­sante à l’œuvre dans l’espace rési­dentiel de Paris intra-​​muros (Clerval, 2008b). Les struc­tures du logement et du marché immo­bilier y accen­tuent les dyna­miques opposées des CPIS et des caté­gories popu­laires (ouvriers et employés). L’habitat popu­laire ancien se dégrade sous l’effet des stra­tégies de ren­ta­bi­li­sation à court terme des bailleurs ou de leur volonté de se des­saisir de leurs biens (en par­ti­culier des immeubles entiers). Les poli­tiques de construction massive de loge­ments sociaux en ban­lieue dans les années 1960-​​1970 ont entraîné un départ important des classes popu­laires pari­siennes en péri­phérie et un effet de vacance dans les quar­tiers popu­laires. Ceux-​​ci sont en partie investis par des popu­la­tions plus pré­caires, souvent immi­grées, ou au contraire par des ménages gen­tri­fieurs. Vacance par­tielle et dégra­dation de l’habitat créent un dif­fé­rentiel de ren­ta­bilité fon­cière (Smith, 1982) dans ces quar­tiers proches du centre : après leur inves­tis­sement par les pre­miers gen­tri­fieurs et l’apparition de com­merces à la mode (Van Crie­ckingen et Fleury, 2006), de nom­breux quar­tiers deviennent poten­tiel­lement lucratifs pour les investisseurs.

La gen­tri­fi­cation n’est en aucune façon causée par les « créatifs branchés ». Ils en sont pour une part les acteurs visibles. Mais les causes réelles sont étran­gères à ces acteurs. Écrire : « Le grand vain­queur de ce capital sym­bo­lique col­lectif produit par les mul­ti­tudes de créatifs branchés est le marché de l’immobilier. » est une inversion de la réalité. Elle est bâtie, en gros, sur la même idée qui permet de pré­tendre que les liber­taires sont la cause du néo­li­bé­ra­lisme capi­ta­liste sur le Web.

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Photo gordon (TK8316) sur Flickr

Mais la fin de l’interview permet de com­prendre pourquoi le théo­ricien séduit les journalistes :

On parle souvent de la crise de la classe ouvrière comme d’une entité poli­tique. Mais ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux est une crise de la classe moyenne cog­nitive. Il y a un mot inté­ressant dans la théorie cri­tique fran­çaise, qui examine le capi­ta­lisme cog­nitif : « déclas­sement » – quand une classe sociale est rabaissée, perdant prestige social et écono­mique. En cette décennie du Net, nous faisons l’expérience d’un déclas­sement massif des tra­vailleurs cog­nitifs devenus des tra­vailleurs pré­caires. Le néo­féo­da­lisme est aussi cette dépos­session des acteurs intermédiaires.

Ah, le monopole Google et la « décennie du net », moteurs du déclas­sement des « tra­vailleurs cog­nitifs ». Au premier rang des­quels, on s’en doute, les journalistes.

Mais la trans­for­mation des jour­na­listes en « intellos pré­caires » n’a pas attendu « la décennie du Net ». Là encore, on confond acteurs et causes.

D’abord, il est évident qu’après avoir laminé les classes popu­laires (fin des années 70, début des années 80), le néo­li­bé­ra­lisme s’attaquerait à la classe du dessus.

Le déclas­sement des diplômés est un phé­nomène qui n’a rien à voir avec le Net. Lire par exemple cet article de Sciences humaines.

Au début des années 2000, selon l’étude de Lau­rence Lizé, cher­cheuse à l’université Paris-​​I, environ un tiers des jeunes subissent une situation de déclas­sement. La plus forte crois­sance du phé­nomène se situe entre 1986 et 1995 et a par­ti­cu­liè­rement touché les titu­laires d’un bac et d’un bac +2. La période de tas­sement de l’emploi entre 2001 et 2004 a quant à elle atteint plus sévè­rement les plus diplômés : le pour­centage de diplômés du 3e cycle à devenir cadre est alors tombé de 85 % à 70 %.

Ce déclas­sement, en forte crois­sance entre 1986 et 1995 (faire moins bien que mes parents, à même niveau d’étude), d’ailleurs, j’en témoi­gnais ici même en 1996.

Quant à la trans­for­mation de la presse et la pré­ca­ri­sation des jour­na­listes, là non plus on n’a pas attendu « la décennie du Net » pour mettre en place les poli­tiques néo­li­bé­rales qui ont pro­fon­dément changé la situation : la libé­ra­li­sation de la télé­vision et de la radio, c’est dans les années 1980, avec les modèles Bouygues et Ber­lusconi ; la mutation du quo­tidien Le Monde est bien entamée dans les années 90 ; la trans­for­mation de la presse en « groupes mul­ti­médias » à base d’investissements capi­ta­lis­tiques massifs se fait en même temps que la pre­mière bulle internet. Et on pourra lire de nom­breux billets de Narvic pour se remé­morer les choix stra­té­giques aber­rants des entre­prises de presse sur le Web, qui n’ont pas grand chose à voir avec une nature intrin­sèque de l’internet.

Revenons sur la question des « creative commons » et de la « culture libre », qui n’est pas réel­lement traitée dans l’interview, mais semble cen­trale dans son livre. Il y a à nouveau une confusion : les entre­prises du « Web 2.0 » (pour sim­plifier) dont l’activité est fondée sur l’exploitation mar­chande de contenus générés par les usagers n’ont jamais mis les « creative commons » en avant. Au contraire, toutes ont com­mencé par entre­tenir un flou vaguement artis­tique sur la pro­priété des contenus. Ça n’est que sous la pression des usagers que sont apparus les exposés clairs des licences uti­lisées ; une large partie des entre­prises a alors explicité que, tout sim­plement, le contenu devenait la pro­priété du service mar­chand ; et une minorité a mis en avant la pos­si­bilité de passer ses créa­tions sous Creative Commons (par exemple Flickr). Dans ce cas (l’usager définit la licence de ses propres apports), les Creative Commons sont arrivées comme un moyen de for­ma­liser une situation de fait en redonnant, a pos­te­riori, un certain contrôle par l’usager.

Avant cela, la situation emblé­ma­tique a été IMDB ; cette énorme base de données ali­mentée par les usagers a été vendue à Amazon en 1998 : les mil­liers d’usagers qui avaient fabriqué cette res­source docu­men­taire phé­no­ménale se sont sentis exploités lors de cette revente au profit des seuls créa­teurs « tech­niques » du service. Et sans la conscience apportée par la suite par les mou­ve­ments du libre et des Creative Commons au néces­saire contrôle des usagers sur les licences des sites contri­butifs, ils n’avaient aucune arme, ni juri­dique ni même concep­tuelle, pour répondre à une telle situation.

Ça n’est donc pas la « free culture » qui a fabriqué ni permis l’exploitation com­mer­ciale du travail col­lectif. C’est au contraire elle qui tente de fournir des armes intel­lec­tuelles et juri­diques aux contri­bu­teurs de ce travail col­lectif. Sans la « free culture », la question ne se poserait pas, et le transfert sys­té­ma­tique des droits vers les entre­prises serait aujourd’hui le seul modèle existant.

Un extrait d’un autre texte de Pas­qui­nelli aborde le sujet de la « culture libre », « Imma­terial Civil War » :

An example of the com­pe­tition advantage in the digital domain is the Wired CD included with the November 2004 issue under the Creative Commons licences. Music tracks were donated by Beastie Boys, David Byrne, Gil­berto Gil, etc. for free copying, sharing and sam­pling (see : http://www.creativecommons.org/wired). The neo­li­beral agenda of Wired magazine pro­vides the clear coor­di­nates for unders­tanding that ope­ration. Indeed, there are more examples of musi­cians and brain workers that asso­ciate their activity with copyleft, Creative Commons or file sharing on P2P net­works. We only heard about the first runners, as it is no longer a novelty for those who came second. Anyway, there never is a total adhe­rence to the Creative Commons crusade, it is always a hybrid strategy : I release part of my work as open and free to gain visi­bility and cre­di­bility, but not the whole work. Another strategy is that you can copy and dis­tribute all this content, but not now, only in four months. And there are also people com­plaining about Creative Commons and Free Software being hijacked by cor­po­ra­tions and majors – the point is that the world out there is full of bad music which is free to copy and dis­tribute. No scandal, we have always sus­pected it was a race.

Parce que des néo­li­béraux uti­lisent l’argument libre, parce que des artistes de renommée mon­diale (signés et liés contrac­tuel­lement à leur major) dif­fusent une partie des mor­ceaux à titre publi­ci­taire sous cet emballage, en confondant Copyleft, Creative Commons, logi­ciels libres et réseaux P2P, en occultant la qualité et la richesse des pro­duc­tions « libres » par ailleurs, en oubliant que dans une société capi­ta­liste aucun individu ne peut faire l’impasse sur les impé­ratifs écono­miques qui pèsent quo­ti­dien­nement sur lui, il est aisé de conclure que la phi­lo­sophie du libre n’est qu’une course de rats.

Quant à l’aggravation de la cession des droits d’auteurs des jour­na­listes sur l’internet, elle n’est pas non plus due aux mili­tants du libre, mais aux lobbies de patrons de presse relayés par le légis­lateur : « Hadopi contre le droit d’auteur des jour­na­listes : c’est confirmé ». Dif­ficile de trouver ici un rapport avec la phi­lo­sophie des Creative Commons.

Évidemment, après la dénon­ciation des pseudos-​​tabous de l’internet, on peut se per­mettre de pré­tendre être le premier à réfléchir :

Nous devrions réel­lement com­mencer à dis­cuter la pro­duction, l’extraction et l’accumulation de valeurs écono­miques réelles réa­lisées à partir des réseaux plutôt que de nous com­plaire dans un idéa­lisme bon marché.

Tiens, je me demande bien qui, avant Matteo Pasquinelli, aurait bien pu « com­mencer à dis­cuter la pro­duction, l’extraction et l’accumulation de valeurs écono­miques réelles » dans une société en per­pé­tuelle mutation ?

La bour­geoisie ne peut exister sans révo­lu­tionner constamment les ins­tru­ments de pro­duction, ce qui veut dire les rap­ports de pro­duction, c’est-à-dire l’ensemble des rap­ports sociaux. […] Ce bou­le­ver­sement continuel de la pro­duction, ce constant ébran­lement de tout le système social, cette agi­tation et cette insé­curité per­pé­tuelles dis­tinguent l’époque bour­geoise de toutes les pré­cé­dentes. Tous les rap­ports sociaux, figés et cou­verts de rouille, avec leur cortège de concep­tions et d’idées antiques et véné­rables, se dis­solvent ; ceux qui les rem­placent vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout ce qui avait solidité et per­ma­nence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs condi­tions d’existence et leurs rap­ports réci­proques avec des yeux désabusés.

Article initialement publié sur Le Scarabée

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http://owni.fr/2010/03/11/internet-source-de-lexploitation-capitaliste/feed/ 3
Les ados américains dopés à l’Internet non-stop http://owni.fr/2010/02/25/les-ados-americains-dopes-a-linternet-non-stop/ http://owni.fr/2010/02/25/les-ados-americains-dopes-a-linternet-non-stop/#comments Thu, 25 Feb 2010 18:37:52 +0000 Capucine Cousin http://owni.fr/?p=9043 3356695149_18e3e7a003

Source image : Flickr/Louise Merzeau (sélection officielle du Mois de la Photo, Paris, 2008)

Les ados d’aujourd’hui seraient-ils des (futurs) drogués aux écrans ? Je ne parle pas des écrans télés, qui était la drogue des ados de ma génération – et qui serait en passe de devenir has-been aujourd’hui. Non, je parle des écrans d’ordinateurs, laptops, netbooks et autres smartphones.

Encore la semaine dernière, cette étude de Pew Internet and American Life Project a beaucoup fait jaser (et gazouiller ;) sur le sujet. D’après celle-ci, les ados américains délaisseraient les blogs au profit des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter : seulement 14% déclarent avoir blogué en 2009, alors qu’ils étaient 28% en 2006.

“Si vos enfants sont réveillés, ils sont probablement en ligne”, titrait le 20 février, avec un humour grinçant, le New York Times. Et de citer une étude de la Fondation Kaiser, d’après laquelle les ados sont de véritables nerds en puissance. D’après cette étude, réalisée auprès de 2 000 collégiens et lycéens (entre octobre 2008 et mai 2009), les 8-18 ans consacrent en moyenne 7 heures et demie à leur écran d’ordinateur, netbook ou smartphone – au-dehors des heures d’école. Soit une heure de plus qu’il y a 5 ans, année de l’étude précédente. Il faut dire qu’ils sont assez (sur)équipés : parmi les ados sondés, 7 sur 10 avaient une télé dans leur chambre, et à peu près un tiers un ordinateur doté d’une connexion Internet dans leur chambre. Et encore, cette étude a été réalisée un peu avant que les smartphones ne se développent chez les ados.

En clair, ils passent plus de temps sur leurs écrans que leurs parents sur leur lieu de travail ! Qui plus est – mais cela a déjà été dit, dont par mon confrère Jean-Christophe Féraud – cette génération de digital natives a pris l’habitude à ‘être multitâches en quelque sorte : envoyer des SMS tout en étant sur Facebook, et/ou le chat Facebook, MSN, son blog, consulter ses mails sur Gmail, tout en regardant un clip sur son iPod… Et encore : l’étude de Kaiser a été menée avait l’incursion de Twitter…

La fonction qu’utilisent le moins les jeunes sur leur téléphone portable ? La voix ! Tellement plus simple d’envoyer des SMS ou de chater, comme le montrait le film “LOL” – so bobo ;), mais assez réaliste sur l’usage des technos par les ados. Et le seul moyen de communication dont l’usage n’a pas augmenté est… le papier imprimé.

En fait, ils se serviraient davantage de leur portable multifonctions comme réveil, comme radio, comme sorte de méga-clé USB pour stocker notamment des fichiers MP3 (et donc pour écouter de la musique)… Il faut dire que les nouvelles générations de smartphones sont d’une facilité d’utilisation assez diabolique, grâce à des interfaces de plus en plus intuitives. Les dernières générations des Blackberry sont des modèles plus simples à utiliser qu’avant – du coup, ils commencent à envahir les cours de récré des collèges et lycées huppés – car souvent, papa et maman refilent leurs Bberry à leurs rejetons lorsque leur entreprise en reçoit un nouveau parc, comme l’expliquait ce papier des Echos.

Mais les autres modèles de smartphones de chez LG et autres Samsung, relativement bon marché et à l’interface – de plus en plus souvent tactile – bien agréable, ont aussi les faveurs des ados. Je mettrais le cas de la tornade iPhone un peu à part, encore trop cher pour nombre de djeuns. Mais clairement, mettez un iPhone entre les mains d’une petite tête blonde : c’est édifiant. Ma nièce de 4 ans 1/2 sait déjà ouvrir les applis comme une grande, et joue sur l’iPhone de son papa avec les jeux (pour enfants) qu’il y a installés. Ma soeur me racontait que sa fille avait déjà le réflexe de toucher l’écran d’ordinateur, le croyant lui aussi tactile.

Contrôle de la durée d’utilisation (à défaut du contenu ?) par les parents

Le contrôle du contenu par les parents ? Certes, il y a eu plusieurs initiatives des pouvoirs publics. J’aime bien celle-ci, qui vient d’être annoncée, avec 2025 ex machina , un serious game destiné à sensibiliser les adolescents. Dans son premier épisode, “”Fred et le Chat démoniaque”, qui se déroule en 2025, on voit un certain Fred, un jeune trentenaire sur le point de décrocher un contrat publicitaire important, qui voit son contrat compromis par l’apparition d’une vieille photo de lycée compromettante sur le réseau social Amidami.net. A l’internaute de l’aider à effacer cette erreur de jeunesse. Dévoilé la semaine dernière, ce serious game pédago a été produit par l’éditeur Tralalere, avec le soutien de la Commission européenne et la participation du CNC, dans le cadre du programme Internet sans crainte. Les épisodes suivants, qui paraîtront progressivement d’ici à l’automne 2010, auront chacun pour thème un usage particulier du Net.

A côté de cela, clairement, c’est aux parents d’apprendre à leurs enfants à “bien” surfer sur Internet. Un ami me racontait récemment qu’il a accepté que sa fille pré-ado s’inscrive sur Facebook… A condition qu’il figure parmi ses “friends” et puisse contrôler ce qu’elle y fait.

Mais encore dernièrement, une étude du Pew Internet Project en avait alarmé bon nombre. D’après celle-ci, un ado sur sept muni d’un téléphoné portable déclarait avoir déjà reçu des photos plus que suggestives par SMS. Les mêmes chercheurs admettent que le “sexting” – que l’on voit aussi subrepticement dans le film “LOL” – fait désormais partie de leur culture. Car chez les ados, la photo dénudée peut être envoyée comme invitation, comme gage, ou… lors d’une rupture.

2025_m

Dans les faits, les parents peuvent difficilement contrôler ce que font leurs enfants sur leur ordi, qui plus est s’ils en ont un dans leur chambre. Les plus courageux, certes, installent un système de contrôle parental… Mais les spécialistes commencent à penser que le véritable contrôle que les parents peuvent exercer est celui de la durée d’utilisation. “Les parents peuvent continuer de fixer les règles du jeu, c’est cela qui fait la différence”, explique un des chercheurs dans le papier du NY Times. Certes, c’est plus difficile de le faire sur l’ordinateur “perso” de leur enfant que sur l’ordinateur familial, mais ils continuent ainsi à jouer leur rôle de parents.

» Article initialement publié sur blog.miscellanees.net

» Photographie de page d’accueil par escapedtowisconsin sur Flickr

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Les « digital natives » la génération multi-écrans http://owni.fr/2009/10/30/les-%c2%ab-digital-natives-%c2%bb-la-generation-multi-ecrans/ http://owni.fr/2009/10/30/les-%c2%ab-digital-natives-%c2%bb-la-generation-multi-ecrans/#comments Fri, 30 Oct 2009 12:24:27 +0000 Philippe Martin http://owni.fr/?p=5032 Une des conférences du récent Webcom qui a eu le plus de succès était celle de Marc Prensky, inventeur dès 2001 du terme « Digital native ». De quoi parle-t-on? Wikipédia donne cette définition:« A digital native is a person who has grown up with digital technology such as computers, the Internet, mobile phones and MP3». Les avis divergent sur les dates à prendre en compte, je serais plutôt tenté de dire que ce sont tous les enfants nés après 1997 dont les plus âgés ont 11-12 ans en 2008. A l’instar de la génération précédente, dite Y, qui a vécu le passage de la cassette audio au CD, de la cassette  vidéo au dvd, qui a vu l’arrivée des premiers laptop, des premiers téléphones mobiles, de l’Internet haute vitesse, nos petits natifs ont grandi entouré de toute cette quincaillerie: ils n’ont pas migré, tout était là.

Bien sûr tout le monde les scrute à la loupe et se demande comment ils vont fonctionner dans l’avenir. En tête les entreprises qui se questionnent sur les impacts de leur arrivée dans quelques années sur le marché du travail. Mais le phénomène va bien au-delà: sociologues, anthropologues, hommes politiques, scientifiques, enseignants, historiens découvrent que ces enfants font partie de la première génération qui est capable d’apprendre des choses aux générations précédentes.

Même s’ils sont très proches des « Y » en terme de consommation de produits numériques, leur comportement est déjà très marqué. Étant père de quatre garçons dont trois sont des « Y » dans la vingtaine, mon petit dernier qui a onze ans m’intrigue, me questionne et je suis en passe de me demander si nous ne sommes pas en présence du premier type d’espèce que l’on pourrait nommer « Homo numericus ». Puisque que j’ai la chance d’avoir un spécimen sous la main, voici quelques points et anecdotes tirés de mes observations:

- Mac ou pc: aucune importance pour lui. Il utilise aussi un  XO OLPC mais rarement car il ne peut y faire tout ce qu’il veut et y utiliser ses applications préférées. A noter qu’il n’imprime presque jamais.

- Courriel: Il ne l’utilise presque pas. La phrase qui tue: « le courriel c’est pour les vieux »

- Recherche sur Internet: il est capable de trouver tout ce dont il a besoin ce qui contredit certains experts qui décrivent les jeunes comme de mauvais utilisateurs des moteurs de recherche. Également dépendamment de ses besoins il ira soit sur Google, soit sur Wikipédia.

- Commerce électronique: il est déjà un consommateur en ligne. Je suis obligé de sortir ma carte de crédit pour faire des achats pour lui sur Internet.

- Sur le web: il est multi-tâche c’est à dire qu’il utilise plusieurs applications en même temps. Youtube pour les vidéos, son réseau social Chapatiz et Piczo plus MSN. Il passe de l’un à l’autre et communique en même temps avec plusieurs communautés.

- Le portable: c’est l’outil le plus important avec le laptop. Le SMS est très utilisé. A noter que je suis impréssioné par la rapidité d’exécution parfois sans regarder l’écran, l’emplacement des touches est connu par coeur.

- MSN: une des applications primordiales, plus de 105 amis, c’est la ligne directe avec sa communauté. J’ai remarqué aussi que l’écriture de style « langage chat » n’affecte pas l’écriture classique. Il fait très bien la différence.

- Blogs: il utilise Piczo et blogger. Il est capable de tout configurer seul. Je ne suis jamais intervenu pour l’aider, tous les conseils viennent des amis.

- Réseaux sociaux: Chapatiz et Piczo. Il choisi ceux où sont ses amis. Facebook est pour les « vieux » aussi.

- Musique: il télécharge un peu de musique sur Limewire mais sans abuser. Je ne suis pas trop favorable mais je me rends compte aussi que l’industrie est dépassée. Tous les jeunes le font. Je pense que la musique va devenir gratuite dans les prochaines années, d’ailleurs il me demande pourquoi la musique est gratuite à la radio et sur Youtube. Que lui répondre?

- Jeux vidéos: XBOX mais pas de façon addict. Il va s’ennuyer s’il ne joue pas avec des amis. Par contre World Of Warcraft est un must pour lui. On est dans le social gaming.

- Cinéma: le grand écran reste toujours une sortie appréciée pour les nouveautés avec force son et effets spéciaux.

- Télévision: les émissions sont triées sur le volet: match de hockey et de soccer live, émissions pour les jeunes ( Wrack TV ), reportages et documentaire ( Historia). La télé est un des écrans mais n’est plus le principal.

- L’école: aucune attente en ce qui concerne les TIC. Pour lui les enseignants sont largués sur ce dossier. Il me dit parfois s’ennuyer, que c’est long, que l’école n’avance pas assez. Il apprécie quand même beaucoup la bibliothèque et la lecture.

- Chicane:  parfois lors de manipulation sur l’ordinateur, j’ai tendance à vouloir intervenir pour lui montrer mais il me rembarre en me disant que je suis lent. Il est dans le « je sais ». Il a raison car il comprend beaucoup plus rapidement les fonctionnements. Petit conflit de génération.

Conclusion: vous allez me dire, oui mais toi tu bosses dans le web donc c’est normal qu’il soit à l’aise. En fait non, 95 % des choses qu’il apprend ou découvre viennent de ses amis, soit par le chat, soit par la cours de récréation. C’est la recommandation et le bouche à oreille. Comparativement à ses frères ainés ou j’ai eu des situations d’addiction aux jeux vidéos ou à la télé, avec lui c’est différent. Cela fait partie de sa vie, c’est naturel. Cela n’empiète pas sur d’autres activités que ce soit sportives ou sociales.

Si je regarde comment j’étais au même age, on parle de deux mondes. Jamais les enfants n’ont autant écrit qu’en dehors de l’école. Google earth est le meilleur livre de géographie qui éxiste et il peut le consulter à saciété. Il peut avoir des réponses à des questions instantanément et me reprends parfois. Aouch. Comme le dit Marc Prensky, nous les vieux sommes encore dans le controle de l’information car c’est le pouvoir. Eux sont dans le « être le premier à diffuser de l’information». Tout un paradigme.

Pistes: Webcom Montréal 2008: vidéo de l’entrevue de Marc Prensky

- Les digital natives, de Facebook au blogue chez Claude Malaison

- Is surfing the Internet altering your brain chez Yahoo ! Tech

- Les digital natives inventent le web qui leur ressemble chez Cluster 21

- Digital natives: ils vont bouleverser l’entreprise chez Le Monde Informatique

- Intégration au travail des nouvelles générations, au-delà de la nécessité, un atout chez Direction Informatique

» Article initialement publié sur N’ayez pas peur !

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